Saturday, October 04, 2008
Sunday, September 14, 2008
The Dark Knight soundtrack / musique du film
Les compositeurs Hans Zimmer et James Newton Howard servent une partition orchestrale remarquable par son ampleur et son sens épique. Parfaitement adaptée à l’action, elle constitue l’un des moteurs du film. Des glissendos dissonants de cordes, soutenus par des percussions sourdes parfaitement dosées et haletantes, comme dans « Like a dog chasing cars », confèrent un rythme incomparable à la progression dramatique. Pizzicatti soutenus par des basses profondes, comme dans « I’m not a hero », renvoie au galop de chevaux dans une atmosphère crépusculaire, non sans rappeler Schubert qui y excellait dans ses lieder. Stridences, battements accélérés à l’image de ceux du cœur, tambours assourdis d’où surgissent des traits soudains, comme dans « Why so serious ». L’ensemble de la partition suit les grands principes de ce type de progression rythmique et dynamique, utilisant la répétition de thèmes dans des crescendos orgasmiques comme le Boléro de Maurice Ravel en avait été une apothéose au 20ème siècle. Riche d’audaces instrumentales et d’une infinie variété de tons sourds, pimentée d’intrusions électroniques au sein d’un ensemble utilisant une base orchestrale quasi classique, la partition n’est pas sans lyrisme contenu et pourrait servir un opéra. Globalement sombre, elle ajoute à la noirceur du film grâce à une palpitation, une course poursuite sans limite, une pulsation échevelée, un souffle haletant. Sans être invasive, elle glacera volontiers le sang. En ce sens elle sert admirablement les volontés du cinéaste et crée un univers noir souvent sans espoir. Elle vaut d’être écoutée pour elle seule, même si immanquablement les images reviendront aisément, comme l’incroyable renversement du camion sans dessus dessous dans l’axe exact de la rue, en pleine nuit, lors de la poursuite de Batman et du Joker dans la ville mythique…ou comme les babines sadiques et grimaçantes du Joker dues à l’incarnation hallucinée qu’en livre Heath Ledger. Combien on eusse aimer que ce désir d’incarnation extrême ne conduise pas l’acteur à l’ultime fatalité.La musique du film comprend 14 morceaux : “Why so serious “, “I’m not a hero”, “Harvey two face”, “Aggressive expansion”, “Always a catch”, “Blood on my hands”, “A little push”, “Like a dog chasing cars”, “I am the Batman”, “And I thought my jokes were bad”, “Agent of chaos”, “Introduce a little anarchy”, “Watch the world burn”, “A Dark Knight”.
© Copyright 2008 Bruno-Stéphane
Saturday, July 26, 2008
Heath Ledger : dernière apparition cinématographique dans Batman "The Dark Knight" juillet 2008

Heath Ledger etait très attendu dans son apparition dans le rôle du "Joker" dans The Dark Knight. Qu'en est-il en ce mois de juillet 2008 dans les cinémas de Los Angeles?
© Copyright 2008 Bruno-Stéphane, en direct de Los Angeles
Thursday, January 24, 2008
La disparition de Heath Ledger le 22 janvier 2008 : un choc – Adieu à l’interprète d’Ennis de Brokeback Mountain
photo © Copyright 2006 BSLBSa disparition à 28 ans en pleine ascension de sa carrière d’acteur au cinéma et dans le souvenir de sa remarquable interprétation d’Ennis dans Brokeback Mountain, est un choc.
Le feu ardent qui couvait derrière ses expressions dans le rôle d’Ennis et les fêlures que l’acteur a vraisemblablement exploitées dans son interprétation ont-ils eu raison de lui ? Ses propres capacités, remarquables, se sont-elles retournées contre lui, jusqu’à atteindre à sa vie ? Ses proches sauront l’expliquer.
Lorsque l’on songe au personnage noir de Heathcliff du roman d’Emily Brontë, Wuthering Heights, qui a inspiré le choix de son prénom, on frissonne…
L’intensité, la fragilité contenue dans une virilité sans équivoque, restent dans nos mémoires tandis qu’il incarnait un Ennis tourmenté, traumatisé et psychologiquement persécuté par son environnement social. C’est d’ailleurs la complexité du personnage étonnamment restituée dans toutes ses facettes qui nous avait fascinée dans l’interprétation de Heath Ledger dont on aurait aimé qu’elle soit officiellement récompensée. Une fois de plus, c’est la récompense du public qui fut au rendez-vous. Remémorons-nous les hommages que nous lui rendions en 2006 :
http://brokebackers.blogspot.com/2006/04/brokeback-mountain-dvd-portfolio.html
Depuis le tournage de Brokeback Mountain et sa diffusion internationale, comme nous l’annoncions avec bonheur, sa vie était marquée par son union avec Michelle Williams et la naissance de sa fille Matilda.
Après la sortie en 2007 de I’m not there de Todd Haynes, sur la vie de Bob Dylan, pas moins de deux films verront à nouveau apparaître Heath Ledger en 2008 : The Dark Knight de Christopher Nolan, qui fait suite à Batman Begins, où il interprète le Joker et où l'intensité de l’incarnation de ce personnage ne manquera pas d’être notée et admirée ; Candy de Neil Armfield où il interpète le rôle de Dan; et peut-être The imaginarium of Doctor Parnassus de Terry Gilliam où il interprète le rôle de Tony, resté inachevé au moment de la disparition de l'acteur.
Ses apparitions ne passeront pas inaperçues : nous aurions aimé louer ses mérites avec lui.
En nous quittant à 28 ans, il aura consommé sa jeunesse et sa carrière en un éclair, éblouissant dans ses dernières apparitions et il restera dans les mémoires l’incarnation parfaite du tourmenté Ennis. Ses films figeront sa beauté physique et son indéniable charisme mais n’ôteront pas le chagrin de le savoir parti. Il s’est inscrit dans le ciel comme les étoiles filantes des nuits d’été.
Saluons l’artiste et portons sa mémoire.
© Copyright 2008 Bruno-Stéphane
Quelques liens à consulter
Biographie de Heath Ledger, filmographie : http://www.imdb.com/name/nm0005132/
interview vidéo : http://www.tmz.com/2008/01/22/ledgers-eerily-prophetic-interview/
Actualités : http://cityroom.blogs.nytimes.com/2008/01/22/actor-heath-ledger-is-found-dead/
Thursday, July 26, 2007
Brokeback Mountain : c’est l’été ! place au rire…(suite)
Parodie de Brokeback Mountain en un dessin animé de 30 secondes par Jennifer Shiman : à voir ! mais pas encore pour les gosses ! :-)http://vids.myspace.com/index.cfm?fuseaction=vids.individual&videoid=1799299372
Brokeback Mountain : c’est l’été ! place au rire anglosaxon…
Parodie de « la rencontre » de Brokeback Mountain dans l’univers de deux utilisateurs (mâles ! of course…) de Mac ! Hilarant, à déguster pour l’été :http://www.dailymotion.com/video/xsqb_broke-mac-mountain_creation
Wednesday, July 25, 2007
Brokeback Mountain : c’est l’été ! clips vidéo et musiques… propices à l’amour…
Kissing you (extraite du film Romeo + Juliet de Baz Luhrmann – 1997 - avec Leonardo DiCaprio et Claire Danes) interprétée par Desiree, sous forme de montage / clip vidéo avec une image 16/9 ramenée au 4/3 …mais quand l’été est là, n’a-t-on pas envie de se faire du bien, même avec du vibrato ?
http://www.youtube.com/watch?v=N6VcVQ1Xjm0&eurl=http%3A%2F%2Fmissr0ck%2Dnmus3%2Ecowblog%2Efr%2Fbrokeback%2Dmountain%2D2011705%2Ehtml
et la mode étant aux clips, l’accompagnement musical au synthé est assez sucré, mais en sirotant un citron pressé sous un rayon de soleil :
http://www.dailymotion.com/video/xgo4s_brokeback-mountain-this-love
les puristes pourront toujours visionner sans le son ! :-) vive l’amour…
Tuesday, July 24, 2007
Brokeback Mountain : Canal Plus (suite)
Avec un peu de retard certes, ( http://brokebackers.blogspot.com/2007/02/brokeback-mountain-sur-canal-le-14.html ) http://www.dailymotion.com/video/x1acta_pub-canal-brokeback-mountain_ads
Monday, July 23, 2007
Brokeback Mountain : dur à porter !
Sunday, June 17, 2007
Brokeback Mountain : à lire
http://www.philippebesson.com/cadre1ter.htm
Labels: brokeback mountain
Friday, February 09, 2007
Brokeback Mountain : sur Canal + le 14 février 2007
Après le succès en salles, en estimant que quelques amateurs aient raté ce chef d’œuvre, y compris après sa sortie en DVD, voici un évènement à ne pas manquer.
Par contre, l’annonce de cette diffusion nous vaut une nouvelle avalanche de banalités dans la presse : le « western gay » ( voir l’article du 27 janvier 2006 « Le secret de Brokeback Mountain, un « western gay » – qui a inventé ça ? » : http://brokebackers.blogspot.com/2006/01/le-secret-de-brokeback-mountain-un.html ), le « mélo montagneux », l’ « idylle homosexuelle » (et encore, l’adjectif est prononcé, ouf !), les héros « fleurs bleues », le « sourire de petit garçon » de Jake Gyllenhaal devenu « icône gay » ( le critique n’a pas dû visionner le superbe et inquiétant film « Jarhead » dans lequel Jake Gyllenhaal a un rôle poignant, il aurait eu en effet une meilleure connaissance de « l’épaisseur » et de l’étendue des capacités de l’acteur qui est vraiment très éloigné du petit garçon…).
© Copyright 2006-2007 Bruno-Stéphane
Wednesday, January 03, 2007
Brokeback Mountain : 2007, un an plus tard
Pour citer un bel extrait d’une chanson du groupe Coldplay, adoptons cette proposition / affirmation : « I want to live where the sun comes out » et n’abandonnons pas le style Brokeback que nous avons eu temps de plaisir à adopter.
Plus prosaïquement, les éditeurs pensent à nous (et sans doute surtout à notre porte-monnaie) et nous annoncent des sorties imminentes en HD et Blu-Ray du DVD du film, de quoi reléguer le DVD classique et même Collector au fond du tiroir… la qualité de la haute définition n’ayant pas d’égal. A suivre…
© Copyright 2006 Bruno-Stéphane
Saturday, November 11, 2006
Brokeback Mountain : bientôt Noël !
En attendant l’incontournable DVD HD qui ne sera pas disponible pour les Fêtes, d’autres cadeaux sont accessibles :
· le calendrier Brokeback Mountain 2007 30x30 cm avec une sélection des photos du film (déjà disponible aux USA et au moins sur amazon.com : pour environ 14 $ ils seront nombreux à ne pas hésiter… ; ou bien encore en Grande-Bretagne, plus cher… pauvre France…)

· le CD des Remixes (oui, oui, les remixes ! si cela vous avait échappé) de la bande originale de Brokeback Mountain ( « Brokeback Mountain theme remixes » publié par Verve Forecast en 2006, disponible aux USA)… les purs et durs qui ont aimé la musique et les accords subtils de Gustavo Santaolalla en resteront à l’original, mais un détour « dance » n’est pas interdit; les deux premiers remixes du CD emportent très nettement l’avantage sur le troisième qui peut être oublié
· et surtout, toujours, la nouvelle d’Annie Proulx, souvent désormais republiée dans différentes langues : le texte incontournable pour ceux et celles qui n’ont pas encore eu la curiosité ou le désir de lire.
· pour le fun, si certaines de mes images « Brokeback-Variations » publiées sur ce blog dédié t’ont séduites et qu’elles inspireraient tes cartes de vœux, contactes moi par mail pour en étudier les modalités.
© Copyright 2006 Bruno-Stéphane
Tuesday, November 07, 2006
Brokeback Mountain : un DVD collector et même HD ?

Joyeux Noël direz-vous ? Hélas, Universal annonce une sortie de ce collector avec son DTS 5.1, idéal pour les accords de guitare de Gustavo Santaolalla, (http://brokebackers.blogspot.com/2006/03/brokeback-mountain-la-musique-de.html) pour la fin du mois de janvier 2007, aux USA… Il faudra donc trouver un autre alibi pour offrir un film à revoir et revoir : la Saint-Valentin, peut-être ? I’m kidding !! :-)
Ce sera de toute façon un très bel anniversaire, environ un an après la sortie du film dans les salles françaises et la création de ce blog dédié (http://brokebackers.blogspot.com/2006/01/brokeback-mountain-la-nouvelle-dannie.html).
© Copyright 2006 Bruno-Stéphane
Monday, September 18, 2006
Brokeback Mountain : le DVD et ses bonus

La disponibilité est plus grande, la sensation plus forte, l’émotion encore augmentée, malgré la réduction du cadre de l’écran (sauf les chanceux qui disposent d’installations « home cinéma »…) qui convient moins à la grandeur et la beauté des paysages du supposé Wyoming (en réalité l’Alberta).
Lors de la sortie du DVD, Annie Proulx dut tressauter, encore que l’on espère qu’en sa retraite lointaine cette information ne lui soit pas parvenue…, tandis qu’un pigiste inculte qualifiait de « pornographique » (sic) sa superbe nouvelle dans une pseudo critique parue dans un mensuel spécialisé français… Fascinant, le degré d’inculture, dans un milieu qui se voudrait culturel et qui n’est jamais que marchand… Les lecteurs de la revue n’ont pas manqué de se manifester face à tant de bêtise…
Pour les férus de DVD, l’édition zone 3 en provenance de Hong Kong reste la meilleure, non pas dans la différence de contenu, mais par l’exceptionnelle qualité du pressage et de la bande son (DTS ES et DD 5.1 EX). Par contre, pas de sous-titres français ; mais la langue originale ne suffit-elle pas ? notamment dans le texte très respecté d’Annie Proulx ?
A l’évidence, il est beaucoup attendu des bonus : quelle part secrète du montage de ce film, de la vie des acteurs, sera-t-elle dévoilée ? Peu de choses en fait. Et c’est sans doute mieux ainsi. L’essentiel n’est bien évidemment pas là.
Les bonus, parfois répétitifs, car puisés dans plusieurs interviews ou reportages et coupés / recollés dans différentes séquences des bonus ( Sharing the story / Directing from the heart : Ang Lee / On being a cowboy / From script to screen / et dans le DVD zone 3 une séquence de présentation à la Broadway Cinematheque à Hong Kong le 21 janvier 2006 avec Ang Lee, sans sous-titres…) , ont le mérite de résumer l’histoire de cette production : Annie Proulx fit paraître sa nouvelle en 1997 ; les scénaristes Larry McMurtry et Diana Ossana se passionnèrent très vite pour cette nouvelle et proposèrent leur adaptation aux studios hollywoodiens, très frileux (ils auraient dû consulter une voyante !!) ; des années s’écoulèrent avant qu’une branche d’Universal, Focus Features, s’y intéresse enfin et que le contact fut pris avec Ang Lee.
Les interviews font apparaître : Ang Lee, Heath Ledger, Jake Gyllenhaal, Anne Hathaway (qui témoigne d’une belle analyse du tempérament d’Ennis), Michelle Williams, Linda Cardellini, et extrêmement brièvement Gustavo Santaolalla. Les scènes d’entraînement, la formation d’Heath Ledger et Jake Gyllenhaal à leurs rôles de cowboy (physiquement déjà murs pour ce rôle, en fait) sont distractives et amusantes mais confirment surtout leur aptitude innée à l’incarnation de ces deux personnages clés, Ennis et Jack. Il n’est constaté, d’ailleurs, aucune compétition entre ces deux acteurs, mais une réelle implication jusque dans la complicité, afin de servir au mieux la nouvelle d’Annie Proulx. De l’avantage de la jeunesse dans le métier, tandis que leurs aînés font le plus souvent leurs stars. Les acteurs ont visité le Montana pour s’imprégner des paysages, des lieux, des habitudes sociales, à la quête de cette culture non verbale qui est celle des cowboys, solitaires avec leur cheval pour compagnon. La préparation semble avoir été minutieuse.
A titre d’exemple, Heath Ledger n’a aucune hésitation à faire part de sa fierté à avoir participé à Brokeback Mountain et il espère que les sentiments transmis suscitent plus de questions qu’ils n’apportent de réponses. Michelle Williams fait une analyse très juste des réactions émotionnelles des premiers publics du film.
Ang Lee aborde avec une infinie délicatesse, palpable dans son regard et sa personnalité, son implication dans la réalisation. Le soin qu’il a porté aux extérieurs a beaucoup demandé aux équipes techniques et s’est parfois traduit par de longues attentes : ces attentes, ainsi révélées pour nous spectateurs, ont à l’évidence contribué au climat du film, à l’intériorisation des personnages par les acteurs. Quand le rythme et le temps invitent à l’écoute et à une vérité intérieure…De l’avis même de Jake Gyllenhaal, Ang Lee s’est montré mystérieux, faisant peu appel aux échanges parlés, ayant recours à des propos métaphoriques (comme du lait et de l’eau…) mais préférant une communication d’un autre niveau. Ang Lee fut bien le maître d’œuvre, le magicien, transformant subtilement le texte de Brokeback Mountain en images.
On aurait aimé en sus : une interview d’Annie Proulx, mais sa discrétion l’honore ; la remise du Lion d’Or à Venise, l’un des premiers tremplins de l’histoire publique du film avec le Festival de Toronto ; un journal de bord à la façon de celui réalisé pour le making-of du splendide Don’t come knocking. Mais la part de mystère a des saveurs inégalées.
© Copyright 2006 Bruno-Stéphane
Sunday, July 09, 2006
Brokeback Mountain : 6 mois plus tard…
© Copyright 2006 Bruno-Stéphane
Saturday, May 13, 2006
Brokeback Mountain : Hommage à Jake Gyllenhaal
Consciemment ou inconsciemment, volontairement ou bien simplement signifiés, Jake Gyllenhaal dispose d’atouts remarquables : parmi ces atouts apparemment physiques mais plus que cela dans la mesure où ils constituent un miroir intérieur, il est incontestable que son regard et sa bouche sont d’une grande délicatesse d’expressivité et d’un grand pouvoir de communication. Dans le silence, ce regard et cette bouche retentissent à eux seuls. Le regard sait se faire doux, attentif, interrogateur, indulgent, rêveur. La bouche sait se faire douce, accueillante, sensuelle, rassurante, aimante, boudeuse et très rarement contrariée.
Il pourrait être dit que ce regard et cette bouche constituent le reflet d’une part féminine, de la part féminine de l’être propice à l’accueil, à la compassion et au don de l’amour. Il est remarquable que ces expressions délicates passent tant de messages sans jamais atteindre à la virilité qui reste tout entière. Ce dosage, cet équilibre touchent profondément et participent de l’émotion intense.
Pour un jeune acteur, ceci doit être dit, admiré et loué.
© Copyright 2006 Bruno-Stéphane
Wednesday, May 10, 2006
Brokeback Mountain DVD : un voyage émotionnel
Malgré le caractère dramatique de l’histoire, malgré la mise en scène d’un amour rendu impossible par la pression sociale et l’impréparation psychique de certains êtres, en l’occurrence le personnage d’Ennis del Mar, et par une étrange alchimie, ce film, comme la nouvelle d’Annie Proulx dont il est tiré, reste un étonnant cadeau fait à l’âme humaine.
Le moment est venu pour les Européens, grâce à la sortie du DVD, de pouvoir revoir le film dans le cadre domestique et privé, ce qui confère à la « rencontre » avec ce film une dimension accrue grâce à une plus grande capacité d’écoute et d’attention.
Quel brillant hommage à la nature réalisé avec délicatesse par Ang Lee. Il campe un décor, un contexte. Ce contexte est fondamental à la portée de l’histoire et de son intimité : l’espace naturel est un espace permissif, à l’inverse de l’espace social qui est codifié et contraignant. Ang Lee, avec une grande finesse, a particulièrement soigné cette introduction, par la qualité de la photographie et le traitement de la beauté des paysages. Cette beauté de la nature magnifiée par l’œil du réalisateur devient une Muse inspiratrice et libératrice. Et avec la Beauté agissante, place à Eros.
Quel usage subtil du silence, des silences, des pauses durant lesquelles la musique de Santaolalla pourra produire ses effets. Quelle brillante leçon de cet usage des silences et de la musique dans une création audiovisuelle, au service de la compréhension humaine, des heurs et malheurs de l’âme humaine, au service du respect et de l’attention qui se doit d’être portée à l’individu, à son intimité, à ses choix, à sa vie.
Ce pourrait être un exercice cinématographique, il s’agit en fait d’un acte d’humanisme. Et cet humanisme transfigure le film et lui confère ce remarquable écho.
© Copyright 2006 Bruno-Stéphane
Friday, April 21, 2006
Brokeback Mountain : Rêves et délires
http://www.canmorealberta.com/news/webcam
Pour ceux qui supportent un humour sans finesse, le lien avec un clip extrait du film Scary movie 4 qui vient de sortir sur les écrans aux Etats-Unis, où, comme attendu, le succès américain et international de Brokeback Mountain a « inspiré » les scénaristes de cette quatrième compilation de gags dérivés de films récents. Humour grossier ou tolérable ?
http://www.movieweb.com/movies/film/19/3219/video.php
Sunday, April 09, 2006
Brokeback Mountain addiction
résultat sur le lien suivant :
http://cgi.ebay.com/ebaymotors/GMC-half-ton-Brokeback-Mountain-1950-GMC-Half-ton_W0QQcmdZViewItemQQcategoryZ6251QQitemZ4625292939QQrdZ1#ebayphotohosting
Saturday, April 08, 2006
Brokeback Mountain : le DVD arrive / coming soon …
Certains diront que c’est l’environnement classique de l’industrie cinématographique, puisqu’elle a pour mission principale de générer des recettes, très importantes si possible, et pas nécessairement de valoriser une démarche artistique inspirée ou non de la littérature. Eternelle confrontation de l’art et du business.
Pour ceux qui aspirent à plus de hauteur et préfèrent rester dans l’écho du film, le DVD est bienvenu : déjà publié en zone 1, attendu pour juin 2006 en zone 2 (Europe) mais déjà disponible en Grande-Bretagne dès le 24 avril ( partez pour Londres ! ou commandez par Internet ! ), il comporte des interviews d’Ang Lee et des acteurs.
Les circonstances du tournage sont connues de longue date, puisque des interviews de 2005 les avaient déjà évoquées, et notamment le minimum de communication entre le Directeur et ses acteurs. On le comprendra encore mieux maintenant, il était indispensable de conserver la spontanéité, la matière brute et l’incandescence d’un jeune acteur comme Heath Ledger pour que son intégration du personnage, son quasi mutisme face aux évènements et sa violence intérieure puisse traverser l’écran et entrer en résonance avec le spectateur.
Il s’agit d’un élément clé de la force percussive du film et il est regrettable que Heath Ledger n’ait pas été plus encensé ou récompensé pour son interprétation. Son incandescence n’aura pas été ignorée de beaucoup, puisque Michelle Williams y a succombée très vite, pour le meilleur du couple que ces deux jeunes héros, déjà parents, forment désormais.
© Copyright 2006 Bruno-Stéphane
Saturday, April 01, 2006
Brokeback Mountain : du temps, de l’attente, de l’amour
Le sens de la vie prend sa dimension dans l’amour. En cette île secrète qu’est l’amour, l’âme enfin s’apaise, s’épanche, s’expanse. Et alors le temps n’a pas de prise. Le temps n’a plus prise. Peu importe les années, peu importe les coupures, la quête de l’espace amoureux restera entière. Dans cette quête tout peut être entrepris.
En cet espace amoureux, la juvénilité et la candeur sont intactes. Elles sont les antidotes du temps. Mais pour les simples mortels, les antidotes n’ont qu’un pouvoir limité, celui de goûter à l’infini, sans l’atteindre.
Cet amour, en nous affranchissant du temps, nous libère plus largement de toutes les conventions, de toutes les formes et de toute la futilité du banal. L’amour nous fait toucher l’Homme libre qui est en nous et il nous appartient de le laisser s’épanouir ou non. En se donnant à soi cette liberté, l’amour nous donnera une plus grande liberté encore.
Ce premier amour charnel, choyé et préservé, veillé comme l’enfant qui dort, sera l’antichambre d’un amour plus vaste, plus universel, plus généreux.
Peu importe le temps, mais pas peu importe l’amour.
© Copyright 2006 Bruno-Stéphane
Saturday, March 25, 2006
Brokeback Mountain : parcours international
Dans l’attente de la sortie du DVD en avril prochain, et pour les amateurs de voyage, quelques références des sites officiels consacrés au film, actuellement en salle au Brésil, au Mexique, notamment :
www.brokebackmountain.com
www.brokebackmountain-lefilm.com
www.bimfilm.com/isegretidibrokebackmountain
www.brokebackmountain.de
www.brokebackmountain.uip.es
www.brokebackmountain.co.kr
http://brokebackmountain.cmcmovie.com
http://brokebackmountain.monolithplus.pl
www.brokebackmountain.com.br
Tuesday, March 21, 2006
Brokeback Mountain : Ang Lee signs a masterpiece
The beauty of Wyoming landscapes, set against the bleak charm of small-town rural America in the 60s, forms the dreamy backdrop of this timeless story of thwarted love (in fact the film was made in Alberta Canada). Fans of Wim Wenders will appreciate.
America, as it exists in our dreams and phantasms! Lovers of America are well-served by this film, but that does not mean the United States is spared: the director’s approach is factual, direct and real. No complacencies, no irrelevancies, straight to the point. The positive along with the negative, like life itself.
The camera disappears to allow your senses to be absorbed by the experience: everything seems so near, so very near. Yet the camera keeps its distance so that you can breathe and keep your distance, for what you are about to see and experience from close up is strong and dense and powerful.
Even though twenty years go by in the film, the dramatic progression is handled with deft mastery by the director. Ang Lee makes us participate with all our heart in the story of these two cowboys in love, guiding us patiently, gradually, without insisting. Such self-restraint is not something you acquire by an act of will; it is something you know from within, by intuition.
The rough strains of a traditional guitar accompany the story. A sincere, heart-rending melody goes straight to the soul and chokes you up at the right moments, ensuring that you feel at one with the characters and their pain.
All the actors give flawless performances, striking in their humanity and complexity. Of course no role is ever easy because all roles are composite, fragile, and complex. The fragile, taciturn character of Ennis del Mar, played by Heath Ledger, has rightfully won accolades, but Jake Gyllenhaal in the role of Jack Twist—subtle, delicate and prudent—is no less noteworthy. Without them the film could never have succeeded in overcoming the potential pitfalls and mistakes that lay in its path.
Both men serve the God of love admirably. And they serve him in a spirit of universal love even though theirs is a very particular love, that of one man for another, Bravo! My hat goes off to these cowboys with their hats stuck gallantly on their heads!
Handsome, charming, simple in their jeans and boots. Secret, subtle, strong and tender as they pass through all the disorders of the heart---for the better if only society would let them. Tragic in their emotions and their fears, in their sorrow and their despair. We feel with them-- in all the unbearable, unending and petrifying reality of their pain.
We despair of finding a balm that would soothe them. But the heart understands more quickly than the mind. What is said in this film is terribly true, terribly accurate and terribly contemporary: the hateful rejection of difference, the power of death that haunts you always, the life that is forbidden you, until you want to die.
Few are those who will emerge unscathed from watching this profound film. Those who do have their work cut out for them—no doubt for several lives. The rest of us will feel more human, less alone and more loving of one another.
January 2006
Bruno-Stéphane © Copyright 2006
Wednesday, March 15, 2006
L’effet Brokeback Mountain : culture ou business ? émotion ou € $?
Le designer italien de la marque Dsquared (Viva Italia ! toujours à l’affût de la création et de l’inventivité) semble se démarquer en réincorporant l’esprit cow-boy dans ses collections pour homme. Dan Caten, designer de la ligne pour hommes en question, est cité : « The cowboy is the guy version of blonde ». Les blondes apprécieront peut-être, encore que les brunes aient pris leur revanche de longue date. Les cowboys apprécieront moins le propos volontairement caricatural et marketing, encore qu’il est flatteur puisqu’il s’agit d’une représentation mythique du mâle qui résonne aussi bien chez la femme que chez l’homme.
A voir : la campagne de publicité de la marque. Mieux : à acheter. Pour les bourses plus modestes, il reste les authentiques en « second hand », mais dont les prix vont sans doute augmenter…
Quand le business rattrape la culture, ou quand l’émotion sert le business. Soyons indulgent.
© Copyright 2006 Bruno-Stéphane
La musique de Brokeback Mountain
Tuesday, March 14, 2006
Actualités autour de Brokeback Mountain : Rendez-vous dans l’Alberta !
Précipitez-vous vous procurer le Journal gratuit de la RATP « A nous Paris » diffusé dans le métro parisien (n° de la semaine du 13 mars 2006) – en quelques jours, les exemplaires sont épuisés – et ouvrez le, page 37 !
Pas de doute, il s’agit bien des lacs et montagnes qui ont soutenu votre rêve éveillé en visionnant le film : grandiose.
S’il vous reste une tirelire, elle pourrait être rapidement brisée pour faire un voyage là-bas, dans cet ailleurs inspiré, comme un pèlerinage, une quête de soi, ou plus simplement pour le « fun » comme disent nos amis québécois, dans une perspective de découverte et de plaisir.
Quand je disais que Brokeback Mountain, et son succès inattendu ( ? !), inspirait les courants de mode… A suivre…
Au fait, on y va ensemble, dans l’Alberta ? quand ?
© Copyright 2006 Bruno-Stéphane
Références pour ceux et celles qui rateraient ce Journal ou qui seraient éloignés de Paris :
www.travelalberta.com
www.brochurescanada.com
Sunday, March 12, 2006
Brokeback Mountain : la musique de Gustavo Santaolalla, comme une fêlure

Est-il bien nécessaire d’insister sur le fait que le succès d’un film est dû pour une grande partie à la qualité de sa bande originale ? La musique, qui parfois n’a que des vertus de soulignement ou d’accompagnement, et qui quand elle est excellente fait bien plus qu’accompagner pour exister à part entière, est un vecteur essentiel de communication et de communion avec le public. Sa capacité à communiquer directement à l’âme humaine est source d’adhésion et de fusion.
Dans le cas de Brokeback Mountain, le caractère sentimental et dramatique de l’histoire ainsi contée, méritait une attention musicale toute particulière : se placer dans le contexte local et historique (musiques traditionnelles ou régionales, au besoin « revisitées », ou interprétations « acoustiques ») est un merveilleux choix car il enveloppe les personnages et le contexte dans lequel ils évoluent. Le thème musical du film a ce pouvoir, mais comme un écho, et va beaucoup plus loin : il devient langage, il vient apporter une couleur et une parole là où aucune parole ne peut être prononcée, là où un certain silence est de mise, là où dans un silence global seule cette musique peut être supportée, tolérée, seule cette musique peut prendre possession de l’espace et de la pensée.
La musique trouve là sa mission pure et sacrée : dire, soupirer les sensations justes, atteindre en notre intimité le lieu secret et privilégié où la vérité du sentiment peut naître et s’épanouir, c'est-à-dire émouvoir.
En musique, l’émotion est souvent écrasée, opprimée, laissée pour compte, aussi bien dans la musique dite sérieuse, que dans les musiques du monde et les variétés. Il faut insister sur le fait que Gustavo Santaolalla y parvient à l’aide de … quelques notes seulement, si l’on étudie bien son thème musical. Quelques notes pour autant d’impact émotionnel. Car il ne s’agit nullement d’une partition complexe. Ce compositeur a puisé dans son patrimoine musical pour y trouver les quelques notes justes, insignifiantes et suffisantes, quelques accords, sur une guitare. Cette musique est aussi nue que le sont les deux êtres qui sont envahis par cet élan d’amour irrépressible. Dans sa nudité, elle synthétise à elle seule le tout. La beauté n’a donc besoin que de peu de choses…
Mais d’où naît cette émotion, quasi soudaine, à son écoute ? D’où vient cet épanchement ?
D’un subtil déséquilibre, de l’approche d’un vide, du danger de ce vide, d’une suspension, d’un délicat envol, d’un jeu avec le temps. De la contrariété dans un accord, dans une succession de notes, d’une dissonance, d’une fêlure. De cet espace ainsi créé, de cette suspension de notre âme dans ce vide momentané, jaillit l’émotion pure.
Il ne s’agit pas d’une recette, il s’agit d’une création qui nécessite le complet accord de soi avec cette intention : Gustavo Santaolalla y parvient admirablement, dans sa sobriété, sa clairvoyance, sa sensibilité. Bravo. Et merci de ce cadeau.
Vite, réécoutons le CD !
© Copyright 2006 Bruno-Stéphane
Et pour les "nostalgiques", deux liens encore actifs, grâce à You Tube :
http://www.youtube.com/watch?v=sYUq6wNBT6s
Clip de la chanson du film interprétée par Willie Nelson « Cowboys are Frequently Secretly (Fond of Each other) »
http://www.youtube.com/watch?v=htPtgR76l3o
Clip de la chanson de John Waite, « Missing You ».
I Segreti di Brokeback Mountain (Leone d'oro Venezia 2005) : Viva Italia!

Saturday, March 11, 2006
Actualités autour de Brokeback Moutain : théâtre à Paris
Servie par un ensemble de comédiens investis intellectuellement et émotionnellement, cette pièce oscille entre l'histoire vécue et le documentaire dans une construction intelligente, pertinente et selon un crescendo dramatique percutant. Sans artifice, d'un ton très naturel et direct, la pièce se veut témoignage, restitution. Sans militantisme appuyé, elle constitue un acte courageux de lutte contre l'homophobie à valeur universelle.
Ames sensibles, ne pas s'abstenir : la lettre du père de Matthew reste l'un des grands moments, servi par un acteur à fleur de peau (si le théâtre avait bien voulu distribuer un simple encart avec la liste des comédiens et des rôles - quelle erreur!-, je les citerais volontiers!).
Aux amateurs de la culture américaine, et tout simplement de l'humanisme.
Renseignements : Vingtième théâtre - 7 rue des Platrières 75020 Paris tél : 0143660113 - www.vingtiemetheatre.com jusqu'au 7 mai 2006, du mercredi au samedi à 21h30.
Sunday, March 05, 2006
Brokeback Mountain : and the winner is ?
Saturday, March 04, 2006
Brokeback Mountain : J - 1 / jour J pour les Oscars à Los Angeles !
Distinction pour l'adaptation de la nouvelle d'Annie Proulx en hommage à l'auteur, inspirateur du film?
Distinction pour Ang Lee pour l'intégrité et la beauté de la réalisation?
Distinction pour Heath Ledger pour la qualité et la profondeur de son interprétation?
Prononcez-vous!
A demain, dans la nuit....
Dimanche 21h30, heure de Paris :
Un sondage en Californie fait apparaître en tête "Brokeback Mountain" comme "Best Picture" pour les Oscars de cette nuit... La compétition semble se jouer avec le film "Crash".
Par ailleurs, ce samedi, Brokeback Mountain a obtenu à Santa Monica en Californie le prix de "Best picture" (et de "Best director" pour Ang Lee) par l'Independent Spirit Awards.
Très encourageant, n'est-ce pas?
Les pronostics sont enthousiasmants!
Brokeback Mountain va remporter les prix les plus importants!
A demain matin ...
Thursday, March 02, 2006
Brokeback Mountain : "I wish I knew how to quit you" / De la douleur de l’union fusionnelle
Toute relation entre deux êtres passe par ce chemin quasi obligé de la séduction où le désir constitue un moteur puissant. La séduction renvoie à la conquête, laquelle n’offre souvent que peu de garantie de continuité… Et la continuité en effrayant plus d’un, s’en tenir à une conquête perpétuellement remise en mouvement représente pour beaucoup un confort très relatif mais étrangement moins risqué. Mais moins risqué pour quoi, pour qui ? Pour l’âme ! L’âme est vraie, l’âme est nue, elle ne se compromet pas, elle est.
Or tout un chacun, homme ou femme, sait que dans la relation amoureuse l’âme peut être touchée au cœur d’une manière totalement imprévisible, ce qui donne à la vie toute sa beauté, et à l’amour toute sa valeur. Le langage populaire aime à employer le terme de « coup de foudre » pour traduire cet état inexplicable et renvoie à juste titre à cette force naturelle.
L’attirance entre deux êtres serait donc indépendante du sexe ?
Cette attirance serait donc indépendante des conventions sociales, ciments de la conservation/préservation de la société humaine dans sa capacité/nécessité à se reproduire ?
Ce thème fondamental, tant débattu, tant attaqué, ramené le plus souvent dans sa dimension uniquement sexuelle, au sens de la pratique / des pratiques du sexe, a été merveilleusement et poétiquement abordé par Platon, au … IVème siècle avant J-C. … dans « Le Banquet » :
« … Jadis notre nature n’était pas ce qu’elle est à présent, elle était bien différente. D’abord il y avait trois espèces d’hommes, et non deux, comme aujourd’hui : le mâle, la femelle et, outre ces deux-là, une troisième composée des deux autres ; le nom seul en reste aujourd’hui, l’espèce a disparu. C’était l’espèce androgyne qui avait la forme et le nom des deux autres, mâle et femelle, dont elle était formée ; aujourd’hui elle n’existe plus, ce n’est plus qu’un nom décrié. … » (1) Platon par sa délicate approche métaphorique permet de mieux comprendre tout à la fois l’attirance ou l’attractivité et la douleur de la séparation.
Approcher, tenter d’atteindre l’état fusionnel, indiscutable, émotionnellement envahissant, fait en parallèle, quasi simultanément approcher cette certitude terrestre : l’état de fusion de deux êtres, de deux âmes réunies, de l’âme réunie dans l’hypothèse de sa division antérieure, ne relève pas de la vie terrestre ; il restera fugace, éphémère, partiel, de par les circonstances, les volontés réciproques, et surtout selon nos forces et nos faiblesses d’humain.
Et cette douleur de devoir quitter cet état, s’éloigner de cet état, ponctuellement ou définitivement, est terrible.
« J’aurais aimé savoir comment te quitter » : Je t’aime sans limite, je veux vivre auprès de toi, avec toi, en toi, je ne peux te quitter, je suis forcé de te quitter, cette perspective m’est trop douloureuse, me séparer c’est me tuer, c’est tuer une part de moi.
P.S. Lecteur : si le cœur t’en dit, témoignes de ton expérience de l’union ! ou du ressenti de la séparation.
(1) Pour ceux qui aimeraient découvrir ou relire ce merveilleux extrait du Banquet de Platon, c’est bien volontiers que vous en seront adressées les références précises (penses à préciser ton adresse email dans ton commentaire; le commentaire ne sera pas publié en ligne).
Saturday, February 25, 2006
L’identité n’est pas sexuelle !
Car parlons franc, qu’il soit homo ou hétéro, sa verge se dresse tout aussi bien, et qu’elle soit homo ou hétéro, la pointe de ses seins se dresse tout aussi bien. Que les corps cherchent l’action, soit ! de surcroît à une époque où l’on honore les dieux Vitesse et Consommation, il faut aller vite en besogne ! mais ce que cherche le cœur, c’est ce qui se cache sous la peau, cette zone indéfinissable et insituable, qui nous conduit dans un univers où le temps perd sa suprématie.
Thursday, February 23, 2006
Homophobia : France vs USA
In our times of such speed, it’s quickly forgotten.
In the middle of the 70’s, homosexuality is not established in France, speaking of being able to be visible in regular life and being publicly accepted with tolerance.
Despite the Age of Enlightenment, the Revolutions and the Human Rights, despite may 1968, despite the notoriety of some contemporary public figures, homosexuality is still doomed to darkness. The ones who are able to live it in half-light are protected because they belong to an elite, whatever the kind of. For ordinary fellows : the cellars or the bushes! Everyone remembers the outdated atmosphere of the private Parisian clubs on Ste Anne Street… You can easily understand the 80’s powerful desire of freeing. But where does it come from?
But from the Americans! who, much sooner than the French guys, have conquered their part of freedom.
At that time, for a French guy, young or not, staying in the United States in one of these places of conquest, San Francisco’s Castro, or Provincetown for example, was bringing you to be positively floored by revelation! What a shock to see two women, or two men, taking one’s other hand or kissing each other in a street, for the most sentimental of them, in a noticeable peace of mind! Such a trip was far costless than repeated visits to the shrink. Overwhelming, intellectually and emotionally.
Thanks to our American friends, yesterday and today.
© Copyright 2006 Bruno-Stéphane
Tuesday, February 21, 2006
Homophobia : France vs USA
A notre époque de grande vitesse, on oublie vite.
Au milieu des années 70, l’homosexualité n’a pas droit de cité en France. Au sens de sa visibilité et de son acceptation publique dans un climat de tolérance.
Malgré le siècle des Lumières, malgré les Révolutions et les Droits de l’Homme, malgré mai 1968, malgré la notoriété de certains personnages publics contemporains, l’homosexualité est toujours vouée à l’ombre. Ceux qui parviennent à la vivre en demie lumière sont protégés par leur appartenance à une élite, quelle qu’elle soit. Pour les ordinaires : les caves ou les buissons ! Qui ne se souvient à cette époque de l’atmosphère surannée des clubs privés parisiens de la rue Ste Anne… On comprend le désir puissant de libération des années 80 ! Mais d’où vient-il ?
Mais des Américains ! qui, bien avant les french guys, ont su conquérir leur part de liberté.
Pour un Français, jeune ou moins jeune, un séjour aux Etats-Unis dans ces lieux de conquête, Castro à San Francisco, ou Provincetown par exemple, prenait à l’époque la dimension d’une révélation. Quel choc de constater que deux femmes, deux hommes, s’aimant d’amour, pouvaient en pleine ville, en toute quiétude (relative) se tenir par la main, s’envoyer un petit baiser, pour les plus sentimentaux d’entre eux ! Une ballade beaucoup moins onéreuse que les visites répétées sur le divan du psy. Bouleversant, intellectuellement et émotionnellement.
Merci aux Américains, hier et aujourd’hui.
Sunday, February 19, 2006
Brokeback Moutain : les chemises ! Fétichisme ou Passion ?
JACK'S SHIRTS FROM BROKEBACK MOUNTAIN! JAKE GYLLENHAAL! (n° Objet / item : 7589737258 - end time Feb-20-06 17:00:00 PST) prix de départ : 9,99 $ - enchère atteinte le 19 février : 58100 $ … cotisez-vous…
Friday, February 17, 2006
Homophobia
L’approche parabolique tape dans le mille : au sentiment, aux sens, à l’intelligence et à la raison. Quel que soit le pouvoir du documentaire, nécessaire pour percevoir une réalité tangible, cette approche romanesque dispose de cette merveilleuse supériorité d’être à même de faire tomber les frontières, de mettre à terre les clichés. Elle est par ailleurs, par son universalité, le meilleur medium de l’Artiste.
L’homophobie est un poison mortel au service de la Morale.
Un poison mortel distillé de l’adulte à l’enfant, de l’adulte à l’adulte.
Le plus grand nombre n’a plus conscience des origines de la Morale ; avec le temps, elle prend forme abstraite, elle vogue, intemporelle au-dessus des Hommes. Le plus grand nombre ne s’interroge plus sur ses racines. Elle se nourrit d’elle-même ; elle se reproduit par écho. Elle instrumentalise l’Homme.
L’espèce humaine, au motif de sa survie de nature animale, se construit des remparts. Où comment l’animalité supplante l’humanisme.
Les Hommes de Pouvoir vouent un culte à la Morale. Elle constitue un siège confortable pour maintenir le pouvoir et l’accroître. Quel danger que la conscience de l’Individu !
Quel pouvoir Elle acquiert sur la Masse ! sans désigner l’instigateur. Efficace.
Au vingt et unième siècle, dans ce lent engrenage des époques dont on espère qu’elles conduisent l’humanité vers plus de sagesse…, l’homophobie n’est pas morte et poursuit sa course.
L’Artiste, au très faible pouvoir matériel, voire sans pouvoir aucun puisque là n’est pas son registre, par son identité et sa conviction, parle à l’Individu, à sa conscience, le laisse libre de son opinion et de son interprétation : l’Artiste nous met face à nous-mêmes et nous rend cet admirable service : se construire en parfait accord avec soi.
Merci à l’Artiste.
© Copyright 2006
Wednesday, February 15, 2006
Monday, February 13, 2006
Brokeback Mountain / I segreti di Brokeback Mountain : dans la salle, à … Venise.
Sunday, February 05, 2006
Brokeback Mountain : dans la salle.
Un peu d’humour ( ?) … Dans la salle obscure, au vingt et unième siècle, ça glousse. Nul besoin de se pincer, ou de douter de ce que l’on entend : oui ! une partie du public dans la salle de cinéma glousse !
Un couple, composé d’un jeune homme et d’une jeune femme, arrive dans la salle avec l’œil bien aux aguets : dans la tête « il y a beaucoup de mecs dans la salle… »… Le couple s’installe main dans la main, amoureux, comme de fréquents spectateurs. On est touchés, car sensibles ; en fait, ils sont d’autant plus pelotonnés qu’il se croient en milieu hostile (la suite le démontrera) et qu’il vaut donc mieux revendiquer son appartenance ostensiblement.
Les gays, finalement, sont très respectueux et très discrets, ils feraient bien d’en faire tout autant, mais cela relève encore de la lutte.
Le noir s’installe, place au film. Compte tenu de l’intensité de l’histoire et des images, l’attention est plutôt captée. Que nenni ! le jeune couple est tellement en distance par rapport au film, tellement en position de voyeur, dans le cas où cela pourrait avantageusement compenser le manuel de sexologie, que l’on commente et l’on glousse !
Désolé les filles, on adore votre façon inimitable de ricaner ou glousser tendrement comme une petite fille immature, notamment au lit, mais passé un certain âge, glousser prend définitivement la forme de la meilleure expression de l’oie ! D’une tonalité plus grave dans le gosier d’un mec (oui, c’est génétique) cela relève aussi de l’animal de basse cour. En voie off, dans la tête : « tu as vu ! deux mecs qui s’embrassent fougueusement ! c’est pas possible ! je rêve ! pfff et autres onomatopées ».
On sort de la salle, assommés (par le film, pas par les deux colombes stupides). Suis-je bien en 2006, au vingt et unième siècle commençant ? Où se trouve le colombarium d’où se sont échappés les deux volatiles décérébrés ? à deux pas…
Conclusion : embrassez-vous, il n’y a rien de plus beau que l’amour.
The characters and incidents portrayed and the names herein are fictitious, and any similarity to the name, character or history of any person is entirely coincidental and unintentional.
© Copyright 2006 Bruno-Stéphane.
Thursday, February 02, 2006
Brokeback Mountain : La belle affiche !
Merveilleux clin d’œil aux mecs qui s’aiment, et à tous les êtres qui s’aiment.
Résumé virtuose de la tendresse virile, de la tendresse.
L’amour et la complicité dans toutes ses dimensions : entre deux frères, deux amis, deux amants. Respectueux.
Stabilisateur/destructeur des clichés convenus : deux mecs virils, équilibrés et égaux, enfin !
Montagnes et lac : miroir de l’âme, miroir de la liberté, espoir et exaltation, envol et beauté.
Une vraie promesse, une réalité possible.
Si l’histoire est dramatique, il ne tient qu’à nous de rendre la nôtre possible, ici, maintenant.
P.S. Le réalisateur du film joue admirablement de la présence … des chapeaux. Attributs du groupe d’appartenance, accessoire de la personnalité mise au jour, ils acquièrent par le regard du cinéaste une surprenante présence. Rivés sur la tête des cow-boys, en tous lieux, du bar aux alpages, ils ne protègent pas que du soleil.
Ecrans, filtres, protections, ils vont, à la manière d’une chorégraphie, souligner un regard furtif, appuyer la courbe d’un sourcil ou l’intensité d’une pupille, masquer le regard qui ne peut être soutenu, abriter la timidité, protéger la manifestation de la peine ou du chagrin naissant.
Brokeback Mountain - Actualité : 8 nominations aux Oscars aux Etats-Unis
Meilleur film, Meilleur réalisateur (Ang Lee), Meilleure adaptation (scénario de Larry McMurtry et Diana Ossana basé sur la nouvelle d’Annie Proulx) , Meilleur acteur (Heath Ledger), Meilleur acteur dans un second rôle (Jake Gyllenhaal), Meilleure actrice dans un second rôle (Michelle Williams), Meilleure photographie (Rodrigo Prieto), Meilleure musique (Gustavo Santaolalla)
Cérémonie des 78ème Oscars – rendez-vous le 5 mars 2006!
Prix obtenus : Lion d'Or de la Mostra de Venise, 4 Golden Globes (« Best motion picture - Drama », « Best Director », « Best Screenplay » « Best original song »), Grand Prix aux PGA et DGA Awards, Broadcast Film Critics Association et New York Film Critics Circle
http://www.brokebackmountainmovie.com/
http://www.brokebackmountain-lefilm.com/
Wednesday, February 01, 2006
Brokeback Mountain / Le secret de Brokeback Mountain : Quelques scènes phares (suite 3)
L’une des plus belles images du film, propre à l’histoire, mais de portée universelle.
Jack, à l’insu de tous, a conservé, cachées dans sa chambre d’enfant et d’adolescent, deux chemises de cow-boys unies sur un même cintre : celle d’Ennis, son compagnon d’amour, et la sienne propre, datant de leur première rencontre, de leur découverte amoureuse, et du bon coup sur la gueule qu’ils se sont respectivement distribué : après l’échange mémorable du « I ain’t no queer. Me neither. / Je ne suis pas pédé. Moi non plus » et leur questionnement torturé sur comment poursuivre leur relation, qui ne trouve pas d’issue immédiate. Sans que quiconque le sache et comme par prémonition, Jack conservera en effet les témoins textiles de leur coup de foudre et de leur étreinte virile. Jack, incontestablement plus éveillé à son état intérieur, visionnaire, et simplement amoureux, désire conserver une trace physique d’une rencontre marquante, comme s’il en appréciait très vite toutes les conséquences. Les évènements lui donneront rapidement raison : la séparation à la fin de la période estivale sera déchirante ; l’attente d’une possible rencontre ultérieure sera interminable – des années - ; le prolongement de leur union sera un parcours d’obstacles ; la douleur de l’absence sera trop forte et le bonheur trop éphémère ; il paiera l’inaccomplissement d’une part essentielle de sa vie d’homme par sa propre mort prématurée.
De la vie commune d’Ennis et Jack, de la puissance de leur union, il ne subsiste rien de rien, que des souvenirs immatériels, sauf, par hasard ( ?) ou plutôt par acte instinctif, les deux chemises des cow-boys.
A elles seules, elles synthétisent tout. La relique passe dans les mains d’Ennis où elle sera conservée, protégée, pleurée : une relique sacrée.
Les deux chemises ne sont pas que des vêtements : elles portent les êtres eux-mêmes, leur parfum naturel, leur sueur, leur sang ; elles sont marquées, tatouées, imbibées. Elles sont sensuelles, heureuses ou douloureuses ; elles sont la trace vivante, la matérialisation de leur friction, de leur combat, de leur frottement, de leurs baisers, de leur tendresse.
Elles n’induisent pas de fétichisme : campées sur leur cintre, elles sont dignes, droites, même souillées et marquées par le temps, à l’image de la pureté des sentiments qui unissent deux êtres et dans la réalité charnelle de l’union de deux corps.
Il est beau de pouvoir tout dire avec une image simple.
C’est encore plus beau lorsqu’elle parle à l’âme.
© Copyright 2006
Tuesday, January 31, 2006
Brokeback Mountain / Le secret de Brokeback Mountain : Quelques scènes phares (suite 2)
Dans le contexte fort peu permissif des années 1960, Ennis et Jack, dépourvus de travail permanent, se trouvent être engagés en même temps pour une mission de gardiennage de troupeaux, durant l’été, dans les montagnes du Wyoming. Le binôme s’organise pour la répartition des tâches, d’autant que leurs responsabilités respectives les amèneront à ne se retrouver que pour les repas, selon leurs missions diurnes et nocturnes. L’ambiance est bucolique, l’environnement splendide, la camaraderie s’installe, les allées et venues deviennent toutefois répétitives, comme le menu des modestes repas. L’ambiance auprès du feu de camp n’est pas sans charme, et le whiskey aide à l’échange, limité puis graduellement plus amical. Une complicité s’instaure inexorablement.
Une trop belle soirée auprès du feu, et trop de whiskey, font rater la mission nocturne près du col ; le troupeau ne sera pas surveillé comme il se devait. Les deux cow-boys passeront la nuit au camp, dignement, l’un sous la tente, l’autre à l’extérieur. A cette altitude, la température chute vite. Celui qui a opté pour la modeste couverture et le ciel étoilé n’est pas servi. L’occasion est rêvée pour Jack d’inviter le compagnon sous la toile de tente. Une telle présentation des faits laisse à penser à une préméditation, il s’agit en réalité d’un écoulement naturel du temps et des circonstances. Une fois Ennis mieux abrité et réchauffé, mais encore assez groggy, Jack, non sans courage, même si le désir le pousse, fait la tentative d’un rapprochement plus intime, qui, de prime abord perçu avec surprise, bascule comme l’éclair vers une étreinte amoureuse virile et directe. Les jeux sont faits.
Le lendemain, le silence est d’or.
Chacun médite au fond de lui-même, tantôt son instinct, tantôt la transgression accomplie.
Qui n’a pas vécu ce passage, source d’une sensation de grande victoire sur la pesanteur des moeurs conventionnelles, initiation et source d’accomplissement car porteur de vérité sur soi.
Ni l’un, ni l’autre, ni la liberté instaurée par la distance au monde social, ne favoriseront l’aveu mutuel. L’interdit et la pression sociale n’ont pas de limites et polluent l’évidence.
La chute est brutale, irréelle, et relève de l’autopersuasion.
« I ain’t no queer. Me neither. / Je ne suis pas pédé. Moi non plus / Mica sono un finocchio. Neanch'io »
Anthologique.
Par ce raccourci, les deux amants se nient, se rachètent une conscience acceptable, se rassurent personnellement et mutuellement. Mais paradoxalement, ils ne mentent pas ; cette attraction mutuelle, cette expérience, leur tombe dessus comme l’averse de printemps ; avec moins de soudaineté chez Jack, plus lucide, plus préparé. Irrépressible, mais inaffichable ; le secret se constitue et sera entretenu, pour le meilleur tant que leur intimité sera préservée, pour le pire dès que celle-ci sera perçue.
Toute la condition homosexuelle se résume dans ce simple mot queer/pédé, détestable dans les deux langues, si répandu, porteur de violence et de haine. Les communautés homosexuelles ont tenté de se le réapproprier pour le banaliser, le neutraliser, le diluer. Malgré ces tentatives, les murs gardent les traces de ces graffitis obscènes et accusateurs, parfois délateurs, les bouches vulgaires perpétuent son usage comme une malédiction. Le vingt et unième siècle ne l’a pas vu disparaître. Il semble rendre plus viril ou plus femme celui ou celle qui le projette. Curieux pouvoir imaginaire d’un mot sur des organes génitaux où l’on s’interroge systématiquement sur qui a le plus de « couilles » !
© Copyright 2006
Monday, January 30, 2006
Brokeback Mountain / Le secret de Brokeback Mountain : Quelques scènes phares (suite)
« La mère, ou l’impuissance à réparer »
La mère de Jack est à l’image de son époque et de la condition de l’épouse : effacée, servile et soumise à son mari. Elle dispose à peine du droit de parole, certainement pas du droit de décider ni du droit de faire valoir son point de vue.
Jack est mort. Ses parents disposent d’une urne dans laquelle ses cendres ont été recueillies. Pour Ennis, envahi de chagrin, le pèlerinage est obligatoire. Rendre visite aux parents de Jack est une façon de se rapprocher, d’appréhender le passé de Jack, de commencer son deuil et de respecter les dernières volontés de son compagnon : que ses cendres soient dispersées à Brokeback Mountain qui symbolise tout ce qu’a représenté leur union, leur passion, et leurs rares moments partagés, étalés sur vingt ans.
Lors de cette première rencontre entre les parents de Jack et Ennis, le père de Jack, impassible, délivre un discours castrateur dans la suite de l’ « enseignement » qu’il a dû dispenser à son fils et du type d’autorité qu’il a dû manifester. Bien évidemment, le cadeau symbolique qu’aurait représenté la remise de l’urne à Ennis pour que ce dernier accomplisse le rite salvateur n’est pas accordé. Une certaine morale doit l’emporter.
La mère vit son chagrin dans la dignité, mais pas dans la négation : son visage résume admirablement le flot de sentiments qui la traverse. Ennis devient aussitôt le miroir du fils perdu ; elle s’y attacherait si sa situation maritale le lui permettait. Généreuse, mais emprisonnée dans ce carcan familial et social, elle offre le peu qu’elle est en mesure de donner : elle propose à Ennis de visiter à l’étage la chambre d’enfant de Jack. S’en suit un passage d’une rare intensité où aucune parole n’est nécessaire : rarement aussi peu d’images et d’impressions, dans un décor dénudé, n’acquiert autant de force d’impact et de capacité résolutive.
En quelques secondes, la vision de la chambre mansardée, d’une simplicité biblique, donne tout à penser de l’enfance et de l’adolescence de Jack, de ses rêves et de sa solitude ; combien la fenêtre ouverte vers le paysage environnant devait être pour lui source de voyages, d’espoir et d’évasion. Ennis s’assied sur le tabouret placé au bord de l’unique fenêtre et revit lui-même ce que nous, spectateurs ou lecteurs, avons déjà compris. Cette chambre c’est le nid, le coffret. Et dans un coffret, il est volontiers placé les plus intimes de ses secrets. C’est bien ce qu’il advient.
Par hasard, dans l’émotion de cette découverte de l’univers d’enfance de Jack, Ennis découvre près des quelques vêtements du disparu dont le contact est presque émotionnellement insoutenable, cachées, la chemise qu’il croyait avoir perdu dans les montagnes vingt ans plus tôt lors de leur première passion amoureuse, accrochée à un cintre à la propre chemise de Jack datant de la même époque et des mêmes instants partagés. Il est inutile d’insister, le symbole parle de lui-même. Tragique.
La mère vit en silence son impuissance passée et présente, ce don reste insuffisant, la réparation ne peut être atteinte. Ennis peut quitter ces lieux chargés ; on n’imagine pas l’y voir revenir.
Ang Lee signe ici une scène clé et conclusive du film : la sobriété, le silence et la pudeur du traitement exacerbent le drame. Exemplaire, comme une marque au fer rougi.
© Copyright 2006
Bruno-Stéphane
Sunday, January 29, 2006
Brokeback Mountain / Le secret de Brokeback Mountain : Quelques scènes phares
Plusieurs scènes fondatrices, où se noue le drame, émaillent « Le secret de Brokeback Mountain ».
D’une forte puissance psychologique, elles retentissent sur l’ensemble de l’histoire et du film.
Le père d’Ennis emmène délibérément ses enfants voir le cadavre d’un cow-boy : ce dernier a été massacré et traîné par la verge jusqu’à l’arrachement par les cow-boys du coin, au motif de sa différence, à savoir avoir formé une alliance avec un autre cow-boy dans la gestion d’un ranch : il n’est pas nécessaire d’être plus explicite… D’ailleurs, le père ne l’est pas ; la vision qu’il impose et le sous-entendu sont bien plus mortifères que toute explication.
Un adulte supporterait difficilement la vision et la prise de conscience d’une telle abomination, où négation, mépris, humiliation, violence et barbarie cohabitent, alors un enfant…
La figure du père vient par cet acte terrible graver pour toujours dans la conscience de son fils la signification de ce meurtre : révéler la différence de son mode de vie conduit à la mise à mort par ses semblables.
Ennis ne se relèvera pas de cette insémination. Personne ne se relèverait.
Lorsque son inclination viendra à sa conscience, lorsque sa vérité apparaîtra, lorsque l’amour l’emportera, il se niera, dans la terreur de la perspective que son père lui a insufflée. Sa première victoire consistera à surmonter une part de ses peurs pour vivre en secret, caché, l’aventure incontournable avec Jack. Sa deuxième victoire, trop tardive, consistera à préférer une vie retranchée du monde, recluse, afin d’entretenir pour toujours la mémoire de son compagnon d’âme.
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Saturday, January 28, 2006
Friday, January 27, 2006
Le secret de Brokeback Mountain , un «western gay» – qui a inventé ça ?
Il faut bien s’adresser à une cible ! Il faut bien déclencher le réflexe pavlovien de consommation !
Mais ce film ne se consomme pas ! il se goûte, il se savoure, même en souffrance, comme toutes les œuvres.
La culture, l’art, l’initiation par la sensibilité, ce n’est pas de la conserve ! Cela fait bien des années que des centaines de milliers de convaincus le répètent, mais ça perdure sévèrement.
Un « western » ? certainement pas ! Dans notre société du « look », si des chapeaux et des cow-boys boots suffisent à définir le western…
« gay » ? Jadis, on disait homo. Il faut faire dans le « trendy ». Simplificateur, classificateur, comme à l’habitude. Trois lettres pour contextualiser l’histoire et le film, c’est pratique dans une société qui va vite. Alors, s’appesantir ou s’étendre sur l’amour entre hommes dans nombre de ses dimensions, c’est trop glissant, slippy. Alors, aborder les composantes de cette forme amoureuse, transposable à d’autres, ah que non ! laissons cela aux psys et aux docs ! après tout, cette forme relève bien du soin ?
Si Annie Proulx, l’inspirée et l’inspiratrice, les scénaristes du film, et Ang Lee le réalisateur avaient voulu brandir avec tact et élégance le drapeau d’une « cause », ils n’auraient pas mieux faits. J’ignore leurs intentions ; peu importe, elles sont universelles, au-delà du retentissement qu’elles engendrent auprès de ceux qui sont fiers de leurs amours viriles et de l’émotion intense qu’elles provoquent chez tous ceux et celles qui ont eu à souffrir du mépris de leur identité.
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Thursday, January 26, 2006
Wednesday, January 25, 2006
« Lecture » de Brokeback Mountain / Le secret de Brokeback Mountain
La « lecture » que le spectateur aura de ce film s’effectuera à plusieurs niveaux, permettant ainsi à cette œuvre cinématographique de toucher le plus large public, sans esprit de chapelle ou de communauté.
La nature s’y oppose à l’urbanité : la magnifique restitution des Montagnes du Wyoming invite à la contemplation et à la pureté de l’air et des lieux, et à la pureté tout court ; la vision urbaine, même de village, la vie familiale, la vie en société deviennent pesantes, contraignantes, étouffantes.
La liberté s’y oppose à l’aliénation : tout être libre choisirait vite son camp, au sens propre et au sens figuré ! La vie près du feu et sous la tente, sublimée par la majesté des cimes environnantes, sera vite préférée à l’appartement au dessus de la laverie avec ses contingences et aux contraintes du travail salarié.
Le rêve s’y oppose à la réalité : un rêve assez accessible finalement, car peu exigeant, dénué de valeurs matérielles, qui ne se nourrit que de la sincérité du cœur, confronté avec douleur à une nécessité d’intégration sociale.
La pureté s’y oppose à la saleté : la nature est pure par essence, même dure et hostile ; la nature humaine, même d’apparence propre peut être d’une infinie saleté.
La sérénité s’y oppose à la charge psychologique sociale : vivre en accord avec soi ou subir l’horrible chape de plomb de la norme sociale, du modèle social dominant, de la pression familiale.
L’enfant s’y oppose au parent : vivre en accord avec soi c’est retrouver l’enfant en soi , au risque d’être face à la figure parentale assez coutumière qui impose ses vues, sa loi, castre et mutile, tue.
L’amour s’y oppose à la haine : un amour pur, désintéressé, dénué de toutes considérations, instinctif, primitif, originel, face à toutes les haines, la haine de soi, la haine des parents qui vous ont opprimés, la haine des autres qui perpétuent l’oppression sous d’autres formes.
La douceur s’y oppose à la violence : faut-il décrire la douceur ? sauf qu’il faut parfois se faire violence pour succomber à la douceur ; faut-il développer la violence ? certainement ! tant elle prend de multiples formes, sourdes et perverses, travesties et pernicieuses, telle un venin, un poison, administré par la langue, par le corps, par la pensée, par les sens, infinie et omniprésente, à chaque relation, à chaque détour, à commencer par la rencontre avec soi-même.
Ciel ! mais qui triomphe de toutes ces oppositions et des déchirements qu’elles impliquent ? L’amour ! Banalité, direz-vous ? Ah, que non ! Nous ne sommes bien ici que pour l’amour, non ? Vous, les durs à cuire, les blasés, les dents acérées, vous n’en demandez pas tout autant, de l’amour ? Allez, lâchez vos carapaces, vos cuirasses, vos suffisances, nous sommes tous pareils et égaux, nous crevons sans amour réalisé !
Et pour bien affiner le propos, car il n’y a pas d’avantage à rendre l’exercice facile, il s’agit d’un rapport d’homme à homme, d’un rapport à l’amour d’un homme pour un homme.
Sans trivialité, sans cliché, sans lieu commun.
En toute virilité.
La démonstration est exemplaire. Pudique, contenue, subtile. Crue, directe.
Les vertus du silence sont magnifiées.
Peu importe le chagrin, on sort grandi, reconstitué.
Monday, January 23, 2006
Brokeback Mountain, le film : Ang Lee signe un chef d’œuvre
On ne peut que souhaiter un succès mondial à ce film superbe.
La beauté des paysages du Wyoming (supposé! le film ayant été tourné dans l'Alberta au Canada) offre un écrin de rêve à l’histoire ainsi contée.
Elle trouve son pendant dans le charme indéniable du décor urbain des années soixante. Les amateurs de Wenders comprendront vite.
L’Amérique, tant rêvée, tant fantasmée, incomparable. Les vrais amoureux de l’Amérique sont servis.
Les Etats-Unis ne sont pas épargnés : l’approche est factuelle, directe, réelle. Pas de gratuité, pas de complaisance, droit au but. Le positif et le négatif, comme la vie, sans plus.
La caméra disparaît au profit des sens. Vos sens sont mis à contribution en permanence; c’est proche, très proche. Elle ne prend de la distance que pour vous permettre de respirer, pour vous permettre à vous de prendre de la distance, car ce qui va vous être dit, ce qui va être délicatement approché, est fort, dense, émotionnellement puissant.
La progression dramatique est tenue de main de maître, et pourtant 20 ans s’écoulent en raccourci.
Le réalisateur veut vous rendre complice, accompagnateur. Il vous guide patiemment, graduellement, jamais n’insiste. La pudeur ne s’acquiert pas par la volonté, il faut la connaître intimement. C’est très certainement son cas.
La musique sous-tend l’histoire, participe de la respiration, assure le massage indispensable aux tripes qui se nouent, au cœur qui se serre, à l’étau qui se porte à la gorge. Superbe guitare, dont les accents vont bien à l’âme, voix rugueuse, sincère, dans la tradition.
Quels acteurs ! Tous. Un sans faute. D’une saisissante humanité, dans toutes leurs facettes. Sachant qu’aucun rôle n’est facile, car composite, fragile, complexe.
Bien sûr, héros obligent, l’attention se porte à l’évidence sur Heath Ledger qui incarne un Ennis Del Mar d’une grande fragilité contenue, et sur Jake Gyllenhaal qui prend la peau d’un Jack Twist délicat et prudent, tout en finesse. Sans eux, le film n’aurait pas abouti dans son essence même, les écueils étant nombreux, comme des précipices à chaque pas.
Tous deux servent l’Amour admirablement. Et servir l’Amour d’une manière universelle, comme il se doit, alors que l’amour se noue entre un homme et un homme, Bravo ! Chapeaux bas face à ces cow-boys au chapeau rivé sur la tête!
Beaux, charmeurs, complices, simples, dans leurs jeans et leurs bottes comme une seconde peau. Secrets, subtils, forts, tendres, passant à travers tous les désordres du sentiment, pour le meilleur si la société le voulait bien.
Tragiques dans leur émotion, leurs peurs, leur désespoir, leur chagrin. Chagrin qui devient le nôtre, infiniment, durablement. Leur douleur nous est insoutenable, pétrifiante.
On désespère à trouver un baume, mais le cœur le sait plus vite que le cerveau, ce qui est dit est vrai, terriblement vrai, terriblement exact, terriblement actuel : ce répugnant rejet de la différence, de l’altérité, cette puissance de mort qui vous est projetée, cette vie là qui vous est interdite, jusqu’à en crever, d’une manière ou d’une autre.
Il serait rare que quiconque sorte indemne après avoir vu ce film profond.
Sunday, January 22, 2006
Saturday, January 21, 2006
Brokeback Mountain : la nouvelle d'Annie Proulx

photos © Copyright BSLB 2006 



















































