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« L’union, chemises et sangs mêlés. Une relique sacrée »
L’une des plus belles images du film, propre à l’histoire, mais de portée universelle.
Jack, à l’insu de tous, a conservé, cachées dans sa chambre d’enfant et d’adolescent, deux chemises de cow-boys unies sur un même cintre : celle d’Ennis, son compagnon d’amour, et la sienne propre, datant de leur première rencontre, de leur découverte amoureuse, et du bon coup sur la gueule qu’ils se sont respectivement distribué : après l’échange mémorable du « I ain’t no queer. Me neither. / Je ne suis pas pédé. Moi non plus » et leur questionnement torturé sur comment poursuivre leur relation, qui ne trouve pas d’issue immédiate. Sans que quiconque le sache et comme par prémonition, Jack conservera en effet les témoins textiles de leur coup de foudre et de leur étreinte virile. Jack, incontestablement plus éveillé à son état intérieur, visionnaire, et simplement amoureux, désire conserver une trace physique d’une rencontre marquante, comme s’il en appréciait très vite toutes les conséquences. Les évènements lui donneront rapidement raison : la séparation à la fin de la période estivale sera déchirante ; l’attente d’une possible rencontre ultérieure sera interminable – des années - ; le prolongement de leur union sera un parcours d’obstacles ; la douleur de l’absence sera trop forte et le bonheur trop éphémère ; il paiera l’inaccomplissement d’une part essentielle de sa vie d’homme par sa propre mort prématurée.
De la vie commune d’Ennis et Jack, de la puissance de leur union, il ne subsiste rien de rien, que des souvenirs immatériels, sauf, par hasard ( ?) ou plutôt par acte instinctif, les deux chemises des cow-boys.
A elles seules, elles synthétisent tout. La relique passe dans les mains d’Ennis où elle sera conservée, protégée, pleurée : une relique sacrée.
Les deux chemises ne sont pas que des vêtements : elles portent les êtres eux-mêmes, leur parfum naturel, leur sueur, leur sang ; elles sont marquées, tatouées, imbibées. Elles sont sensuelles, heureuses ou douloureuses ; elles sont la trace vivante, la matérialisation de leur friction, de leur combat, de leur frottement, de leurs baisers, de leur tendresse.
Elles n’induisent pas de fétichisme : campées sur leur cintre, elles sont dignes, droites, même souillées et marquées par le temps, à l’image de la pureté des sentiments qui unissent deux êtres et dans la réalité charnelle de l’union de deux corps.
Il est beau de pouvoir tout dire avec une image simple.
C’est encore plus beau lorsqu’elle parle à l’âme.
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Bruno-Stéphane.