Showing posts with label livre. Show all posts
Showing posts with label livre. Show all posts

Sunday, July 09, 2006

Brokeback Mountain : 6 mois plus tard…

photo © Copyright BSLB 2006

Près de six mois après cette rencontre d’hiver que fut la sortie de Brokeback Mountain, qu’en reste-t-il dans nos mémoires et nos cœurs ?
Un souvenir tendre comme celui d’une rencontre amoureuse lointaine qui laisse au cœur une trace durable et fait esquisser un sourire à la bouche.
L’émotion suscitée a pris racine pour longtemps.
La dimension dramatique de l’histoire des deux amants s’est estompée, comme souvent le drame se dissout avec le temps grâce aux coups de butoir de la force vitale.
Mais un cœur qui a vibré et qui s’est épanché garde en lui l’indicible sensation de l’émotion vécue.
Oui, l’incarnation cinématographique de la nouvelle d’Annie Proulx a frappé par sa vérité et son audace.
Si elle pouvait marquer un virage définitif dans la représentation romanesque, ou non, de l’amour que se portent deux hommes, beaucoup se sentiraient épaulés et régénèreraient une fierté d’être si souvent mise à mal. Comme l’adolescent qui découvre son premier écho et son premier secours dans ses premières lectures homosexuelles.
Que Brokeback Mountain ait provoqué, ou soutenu, ou encore renforcé ce tournant, peu importe, l’élan, la poussée en avant doivent être préservés et entretenus comme la flamme d’une veilleuse qui rappelle la lumière au cœur de l’obscurité.
Il reste et restera la conviction du cœur, comme la joie au cœur, ces valeurs fortes qui tiennent l’homme debout et aident à grandir, toujours.
Longue vie à Brokeback Mountain !

© Copyright 2006 Bruno-Stéphane

Wednesday, May 10, 2006

Brokeback Mountain DVD : un voyage émotionnel

 photo © Copyright BSLB 2006

Il est étonnant de constater combien ce film a constitué un véritable cadeau, en 2005 pour les Américains, et en 2006 pour les Européens et les autres pays du monde, au point que l’on s’émeuve encore de son retentissement. Le phénomène sera bientôt étudié par les sociologues qui ont à cœur d’observer l’évolution de notre société contemporaine…
Malgré le caractère dramatique de l’histoire, malgré la mise en scène d’un amour rendu impossible par la pression sociale et l’impréparation psychique de certains êtres, en l’occurrence le personnage d’Ennis del Mar, et par une étrange alchimie, ce film, comme la nouvelle d’Annie Proulx dont il est tiré, reste un étonnant cadeau fait à l’âme humaine.
S’agit-il d’une psychanalyse collective ? S’agit-il du même ressenti lorsque l’on sort rasséréné d’une visite bénéfique chez un médecin ou un soignant ? S’agit-il d’une prise de conscience par un grand nombre d’individus, presque simultanément, que nombre de peurs, de non dits, de drames intérieurs sont partagés par beaucoup ? S’agit-il d’une prise de conscience supplémentaire qu’au vingt-et-unième siècle, enfin, modes de vie et orientations sexuelles se doivent d’être acceptés et non plus seulement tolérés, constituant ainsi une vague d’espoir et d’accomplissement ? Sans doute de tous ces phénomènes à la fois.

Le moment est venu pour les Européens, grâce à la sortie du DVD, de pouvoir revoir le film dans le cadre domestique et privé, ce qui confère à la « rencontre » avec ce film une dimension accrue grâce à une plus grande capacité d’écoute et d’attention.

Quel brillant hommage à la nature réalisé avec délicatesse par Ang Lee. Il campe un décor, un contexte. Ce contexte est fondamental à la portée de l’histoire et de son intimité : l’espace naturel est un espace permissif, à l’inverse de l’espace social qui est codifié et contraignant. Ang Lee, avec une grande finesse, a particulièrement soigné cette introduction, par la qualité de la photographie et le traitement de la beauté des paysages. Cette beauté de la nature magnifiée par l’œil du réalisateur devient une Muse inspiratrice et libératrice. Et avec la Beauté agissante, place à Eros.
Quel usage subtil du silence, des silences, des pauses durant lesquelles la musique de Santaolalla pourra produire ses effets. Quelle brillante leçon de cet usage des silences et de la musique dans une création audiovisuelle, au service de la compréhension humaine, des heurs et malheurs de l’âme humaine, au service du respect et de l’attention qui se doit d’être portée à l’individu, à son intimité, à ses choix, à sa vie.

Ce pourrait être un exercice cinématographique, il s’agit en fait d’un acte d’humanisme. Et cet humanisme transfigure le film et lui confère ce remarquable écho.

© Copyright 2006 Bruno-Stéphane

Thursday, March 02, 2006

Brokeback Mountain : "I wish I knew how to quit you" / De la douleur de l’union fusionnelle


 photos © Copyright 2006 BSLB
La nouvelle d’Annie Proulx et la traduction respectueuse qui en a été faite par Ang Lee dans le film traduisent chacune dans une forme artistique spécifique le rapport émotionnel à l’union de deux êtres, deux hommes dans ce cas très précis, qui parle puissamment aux deux sexes et renvoie d’une façon universelle à toute forme d’union, hétérosexuelle ou homosexuelle. Phénomène paradoxal, en traitant admirablement de l’amour fulgurant et vivace de deux êtres du même sexe, l’émotion et la vérité qui s’en dégage annihile du même coup l’identité sexuelle pour mieux atteindre l’essentiel de la relation : une attractivité irrépressible, qui n’est pas intellectualisée ou analysée, qui apparaît comme une évidence, telle une force gravitationnelle qui est et ne se discute pas.
Toute relation entre deux êtres passe par ce chemin quasi obligé de la séduction où le désir constitue un moteur puissant. La séduction renvoie à la conquête, laquelle n’offre souvent que peu de garantie de continuité… Et la continuité en effrayant plus d’un, s’en tenir à une conquête perpétuellement remise en mouvement représente pour beaucoup un confort très relatif mais étrangement moins risqué. Mais moins risqué pour quoi, pour qui ? Pour l’âme ! L’âme est vraie, l’âme est nue, elle ne se compromet pas, elle est.
Or tout un chacun, homme ou femme, sait que dans la relation amoureuse l’âme peut être touchée au cœur d’une manière totalement imprévisible, ce qui donne à la vie toute sa beauté, et à l’amour toute sa valeur. Le langage populaire aime à employer le terme de « coup de foudre » pour traduire cet état inexplicable et renvoie à juste titre à cette force naturelle.
L’attirance entre deux êtres serait donc indépendante du sexe ?
Cette attirance serait donc indépendante des conventions sociales, ciments de la conservation/préservation de la société humaine dans sa capacité/nécessité à se reproduire ?
Ce thème fondamental, tant débattu, tant attaqué, ramené le plus souvent dans sa dimension uniquement sexuelle, au sens de la pratique / des pratiques du sexe, a été merveilleusement et poétiquement abordé par Platon, au … IVème siècle avant J-C. … dans « Le Banquet » :
« … Jadis notre nature n’était pas ce qu’elle est à présent, elle était bien différente. D’abord il y avait trois espèces d’hommes, et non deux, comme aujourd’hui : le mâle, la femelle et, outre ces deux-là, une troisième composée des deux autres ; le nom seul en reste aujourd’hui, l’espèce a disparu. C’était l’espèce androgyne qui avait la forme et le nom des deux autres, mâle et femelle, dont elle était formée ; aujourd’hui elle n’existe plus, ce n’est plus qu’un nom décrié. … » (1) Platon par sa délicate approche métaphorique permet de mieux comprendre tout à la fois l’attirance ou l’attractivité et la douleur de la séparation.
Approcher, tenter d’atteindre l’état fusionnel, indiscutable, émotionnellement envahissant, fait en parallèle, quasi simultanément approcher cette certitude terrestre : l’état de fusion de deux êtres, de deux âmes réunies, de l’âme réunie dans l’hypothèse de sa division antérieure, ne relève pas de la vie terrestre ; il restera fugace, éphémère, partiel, de par les circonstances, les volontés réciproques, et surtout selon nos forces et nos faiblesses d’humain.
Et cette douleur de devoir quitter cet état, s’éloigner de cet état, ponctuellement ou définitivement, est terrible.
« J’aurais aimé savoir comment te quitter » : Je t’aime sans limite, je veux vivre auprès de toi, avec toi, en toi, je ne peux te quitter, je suis forcé de te quitter, cette perspective m’est trop douloureuse, me séparer c’est me tuer, c’est tuer une part de moi.
© Copyright 2006 Bruno-Stéphane.
P.S. Lecteur : si le cœur t’en dit, témoignes de ton expérience de l’union ! ou du ressenti de la séparation.
(1) Pour ceux qui aimeraient découvrir ou relire ce merveilleux extrait du Banquet de Platon, c’est bien volontiers que vous en seront adressées les références précises (penses à préciser ton adresse email dans ton commentaire; le commentaire ne sera pas publié en ligne).

Wednesday, February 01, 2006

Brokeback Mountain / Le secret de Brokeback Mountain : Quelques scènes phares (suite 3)

photo © Copyright 2006 BSLB

« L’union, chemises et sangs mêlés. Une relique sacrée »


L’une des plus belles images du film, propre à l’histoire, mais de portée universelle.

Jack, à l’insu de tous, a conservé, cachées dans sa chambre d’enfant et d’adolescent, deux chemises de cow-boys unies sur un même cintre : celle d’Ennis, son compagnon d’amour, et la sienne propre, datant de leur première rencontre, de leur découverte amoureuse, et du bon coup sur la gueule qu’ils se sont respectivement distribué : après l’échange mémorable du « I ain’t no queer. Me neither. / Je ne suis pas pédé. Moi non plus » et leur questionnement torturé sur comment poursuivre leur relation, qui ne trouve pas d’issue immédiate. Sans que quiconque le sache et comme par prémonition, Jack conservera en effet les témoins textiles de leur coup de foudre et de leur étreinte virile. Jack, incontestablement plus éveillé à son état intérieur, visionnaire, et simplement amoureux, désire conserver une trace physique d’une rencontre marquante, comme s’il en appréciait très vite toutes les conséquences. Les évènements lui donneront rapidement raison : la séparation à la fin de la période estivale sera déchirante ; l’attente d’une possible rencontre ultérieure sera interminable – des années - ; le prolongement de leur union sera un parcours d’obstacles ; la douleur de l’absence sera trop forte et le bonheur trop éphémère ; il paiera l’inaccomplissement d’une part essentielle de sa vie d’homme par sa propre mort prématurée.

De la vie commune d’Ennis et Jack, de la puissance de leur union, il ne subsiste rien de rien, que des souvenirs immatériels, sauf, par hasard ( ?) ou plutôt par acte instinctif, les deux chemises des cow-boys.

A elles seules, elles synthétisent tout. La relique passe dans les mains d’Ennis où elle sera conservée, protégée, pleurée : une relique sacrée.

Les deux chemises ne sont pas que des vêtements : elles portent les êtres eux-mêmes, leur parfum naturel, leur sueur, leur sang ; elles sont marquées, tatouées, imbibées. Elles sont sensuelles, heureuses ou douloureuses ; elles sont la trace vivante, la matérialisation de leur friction, de leur combat, de leur frottement, de leurs baisers, de leur tendresse.
Elles n’induisent pas de fétichisme : campées sur leur cintre, elles sont dignes, droites, même souillées et marquées par le temps, à l’image de la pureté des sentiments qui unissent deux êtres et dans la réalité charnelle de l’union de deux corps.

Il est beau de pouvoir tout dire avec une image simple.
C’est encore plus beau lorsqu’elle parle à l’âme.

© Copyright 2006
Bruno-Stéphane.