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Tuesday, November 07, 2006

Brokeback Mountain : un DVD collector et même HD ?


photo © Copyright 2006 BSLB
Bientôt un DVD collector et même HD ?
Joyeux Noël direz-vous ? Hélas, Universal annonce une sortie de ce collector avec son DTS 5.1, idéal pour les accords de guitare de Gustavo Santaolalla, (http://brokebackers.blogspot.com/2006/03/brokeback-mountain-la-musique-de.html) pour la fin du mois de janvier 2007, aux USA… Il faudra donc trouver un autre alibi pour offrir un film à revoir et revoir : la Saint-Valentin, peut-être ? I’m kidding !! :-)

De quoi soufflez une bougie sous la tente, avant le vrai trip dans les Rocheuses ?
Ce sera de toute façon un très bel anniversaire, environ un an après la sortie du film dans les salles françaises et la création de ce blog dédié (http://brokebackers.blogspot.com/2006/01/brokeback-mountain-la-nouvelle-dannie.html).

Le temps passe mais le cœur est fidèle…
© Copyright 2006 Bruno-Stéphane

Monday, September 18, 2006

Brokeback Mountain : le DVD et ses bonus


photo © Copyright BSLB 2006
Visionner Brokeback Mountain en DVD chez soi, dans l’intimité, débarrassé des éventuelles perturbations périphériques ( voir l’article http://brokebackers.blogspot.com/2006/02/brokeback-mountain-dans-la-salle.html ), seul, en couple ou entre amis, constitue un grand moment, que ce soit la première découverte du film ou que ce soit une nouvelle fois. Indiscutablement, à la lumière des seuls témoignages transmis, ce film marquant a été vu et revu avec une grande attention par toux ceux qu’il a touchés au cœur.
La disponibilité est plus grande, la sensation plus forte, l’émotion encore augmentée, malgré la réduction du cadre de l’écran (sauf les chanceux qui disposent d’installations « home cinéma »…) qui convient moins à la grandeur et la beauté des paysages du supposé Wyoming (en réalité l’Alberta).
Lors de la sortie du DVD, Annie Proulx dut tressauter, encore que l’on espère qu’en sa retraite lointaine cette information ne lui soit pas parvenue…, tandis qu’un pigiste inculte qualifiait de « pornographique » (sic) sa superbe nouvelle dans une pseudo critique parue dans un mensuel spécialisé français… Fascinant, le degré d’inculture, dans un milieu qui se voudrait culturel et qui n’est jamais que marchand… Les lecteurs de la revue n’ont pas manqué de se manifester face à tant de bêtise…
Pour les férus de DVD, l’édition zone 3 en provenance de Hong Kong reste la meilleure, non pas dans la différence de contenu, mais par l’exceptionnelle qualité du pressage et de la bande son (DTS ES et DD 5.1 EX). Par contre, pas de sous-titres français ; mais la langue originale ne suffit-elle pas ? notamment dans le texte très respecté d’Annie Proulx ?
A l’évidence, il est beaucoup attendu des bonus : quelle part secrète du montage de ce film, de la vie des acteurs, sera-t-elle dévoilée ? Peu de choses en fait. Et c’est sans doute mieux ainsi. L’essentiel n’est bien évidemment pas là.
Les bonus, parfois répétitifs, car puisés dans plusieurs interviews ou reportages et coupés / recollés dans différentes séquences des bonus ( Sharing the story / Directing from the heart : Ang Lee / On being a cowboy / From script to screen / et dans le DVD zone 3 une séquence de présentation à la Broadway Cinematheque à Hong Kong le 21 janvier 2006 avec Ang Lee, sans sous-titres…) , ont le mérite de résumer l’histoire de cette production : Annie Proulx fit paraître sa nouvelle en 1997 ; les scénaristes Larry McMurtry et Diana Ossana se passionnèrent très vite pour cette nouvelle et proposèrent leur adaptation aux studios hollywoodiens, très frileux (ils auraient dû consulter une voyante !!) ; des années s’écoulèrent avant qu’une branche d’Universal, Focus Features, s’y intéresse enfin et que le contact fut pris avec Ang Lee.
Les interviews font apparaître : Ang Lee, Heath Ledger, Jake Gyllenhaal, Anne Hathaway (qui témoigne d’une belle analyse du tempérament d’Ennis), Michelle Williams, Linda Cardellini, et extrêmement brièvement Gustavo Santaolalla. Les scènes d’entraînement, la formation d’Heath Ledger et Jake Gyllenhaal à leurs rôles de cowboy (physiquement déjà murs pour ce rôle, en fait) sont distractives et amusantes mais confirment surtout leur aptitude innée à l’incarnation de ces deux personnages clés, Ennis et Jack. Il n’est constaté, d’ailleurs, aucune compétition entre ces deux acteurs, mais une réelle implication jusque dans la complicité, afin de servir au mieux la nouvelle d’Annie Proulx. De l’avantage de la jeunesse dans le métier, tandis que leurs aînés font le plus souvent leurs stars. Les acteurs ont visité le Montana pour s’imprégner des paysages, des lieux, des habitudes sociales, à la quête de cette culture non verbale qui est celle des cowboys, solitaires avec leur cheval pour compagnon. La préparation semble avoir été minutieuse.
A titre d’exemple, Heath Ledger n’a aucune hésitation à faire part de sa fierté à avoir participé à Brokeback Mountain et il espère que les sentiments transmis suscitent plus de questions qu’ils n’apportent de réponses. Michelle Williams fait une analyse très juste des réactions émotionnelles des premiers publics du film.
Ang Lee aborde avec une infinie délicatesse, palpable dans son regard et sa personnalité, son implication dans la réalisation. Le soin qu’il a porté aux extérieurs a beaucoup demandé aux équipes techniques et s’est parfois traduit par de longues attentes : ces attentes, ainsi révélées pour nous spectateurs, ont à l’évidence contribué au climat du film, à l’intériorisation des personnages par les acteurs. Quand le rythme et le temps invitent à l’écoute et à une vérité intérieure…De l’avis même de Jake Gyllenhaal, Ang Lee s’est montré mystérieux, faisant peu appel aux échanges parlés, ayant recours à des propos métaphoriques (comme du lait et de l’eau…) mais préférant une communication d’un autre niveau. Ang Lee fut bien le maître d’œuvre, le magicien, transformant subtilement le texte de Brokeback Mountain en images.
On aurait aimé en sus : une interview d’Annie Proulx, mais sa discrétion l’honore ; la remise du Lion d’Or à Venise, l’un des premiers tremplins de l’histoire publique du film avec le Festival de Toronto ; un journal de bord à la façon de celui réalisé pour le making-of du splendide Don’t come knocking. Mais la part de mystère a des saveurs inégalées.
© Copyright 2006 Bruno-Stéphane

Sunday, July 09, 2006

Brokeback Mountain : 6 mois plus tard…

photo © Copyright BSLB 2006

Près de six mois après cette rencontre d’hiver que fut la sortie de Brokeback Mountain, qu’en reste-t-il dans nos mémoires et nos cœurs ?
Un souvenir tendre comme celui d’une rencontre amoureuse lointaine qui laisse au cœur une trace durable et fait esquisser un sourire à la bouche.
L’émotion suscitée a pris racine pour longtemps.
La dimension dramatique de l’histoire des deux amants s’est estompée, comme souvent le drame se dissout avec le temps grâce aux coups de butoir de la force vitale.
Mais un cœur qui a vibré et qui s’est épanché garde en lui l’indicible sensation de l’émotion vécue.
Oui, l’incarnation cinématographique de la nouvelle d’Annie Proulx a frappé par sa vérité et son audace.
Si elle pouvait marquer un virage définitif dans la représentation romanesque, ou non, de l’amour que se portent deux hommes, beaucoup se sentiraient épaulés et régénèreraient une fierté d’être si souvent mise à mal. Comme l’adolescent qui découvre son premier écho et son premier secours dans ses premières lectures homosexuelles.
Que Brokeback Mountain ait provoqué, ou soutenu, ou encore renforcé ce tournant, peu importe, l’élan, la poussée en avant doivent être préservés et entretenus comme la flamme d’une veilleuse qui rappelle la lumière au cœur de l’obscurité.
Il reste et restera la conviction du cœur, comme la joie au cœur, ces valeurs fortes qui tiennent l’homme debout et aident à grandir, toujours.
Longue vie à Brokeback Mountain !

© Copyright 2006 Bruno-Stéphane

Saturday, April 08, 2006

Brokeback Mountain : le DVD arrive / coming soon …

photo © Copyright 2006 BSLB

Tandis que le film diffusé sur les écrans de la plupart des pays au monde a provoqué un tsunami psychologique et émotionnel, les basses affaires retrouvent droit de cité : les grandes marques commerciales s’emparent de l’effet « Brokeback Mountain » pour doper leurs ventes jusqu’à appauvrir la substance initiale de l’émotion, Randy Quaid intente une action contre Focus Features au motif de ne pas avoir été assez rémunéré compte tenu des recettes actuelles du film (plus de 82 millions de dollars de recettes aux Etats-Unis, pour l’instant, et plus de 135 millions de dollars dans le monde) alors qu’il est plausible que la production n’ait pu imaginer le succès potentiel au niveau aujourd’hui atteint,…
Certains diront que c’est l’environnement classique de l’industrie cinématographique, puisqu’elle a pour mission principale de générer des recettes, très importantes si possible, et pas nécessairement de valoriser une démarche artistique inspirée ou non de la littérature. Eternelle confrontation de l’art et du business.

Pour ceux qui aspirent à plus de hauteur et préfèrent rester dans l’écho du film, le DVD est bienvenu : déjà publié en zone 1, attendu pour juin 2006 en zone 2 (Europe) mais déjà disponible en Grande-Bretagne dès le 24 avril ( partez pour Londres ! ou commandez par Internet ! ), il comporte des interviews d’Ang Lee et des acteurs.
Les circonstances du tournage sont connues de longue date, puisque des interviews de 2005 les avaient déjà évoquées, et notamment le minimum de communication entre le Directeur et ses acteurs. On le comprendra encore mieux maintenant, il était indispensable de conserver la spontanéité, la matière brute et l’incandescence d’un jeune acteur comme Heath Ledger pour que son intégration du personnage, son quasi mutisme face aux évènements et sa violence intérieure puisse traverser l’écran et entrer en résonance avec le spectateur.
Il s’agit d’un élément clé de la force percussive du film et il est regrettable que Heath Ledger n’ait pas été plus encensé ou récompensé pour son interprétation. Son incandescence n’aura pas été ignorée de beaucoup, puisque Michelle Williams y a succombée très vite, pour le meilleur du couple que ces deux jeunes héros, déjà parents, forment désormais.
Victoire de l’amour. :-) :-)

© Copyright 2006 Bruno-Stéphane

Tuesday, March 21, 2006

Brokeback Mountain : Ang Lee signs a masterpiece

 photo © Copyright 2006 BSLB

It has been a long time since a film on such a particular but—oh so universal—theme has struck a chord that resonates so deeply with contemporary society. Although the short story by Annie Proulx takes place between 1960 and 1980, the events and characters it depicts are relevant to us today—because they are timeless and universal. We can only hope that this splendid film earns the worldwide success it so richly deserves.
The beauty of Wyoming landscapes, set against the bleak charm of small-town rural America in the 60s, forms the dreamy backdrop of this timeless story of thwarted love (in fact the film was made in Alberta Canada). Fans of Wim Wenders will appreciate.
America, as it exists in our dreams and phantasms! Lovers of America are well-served by this film, but that does not mean the United States is spared: the director’s approach is factual, direct and real. No complacencies, no irrelevancies, straight to the point. The positive along with the negative, like life itself.
The camera disappears to allow your senses to be absorbed by the experience: everything seems so near, so very near. Yet the camera keeps its distance so that you can breathe and keep your distance, for what you are about to see and experience from close up is strong and dense and powerful.
Even though twenty years go by in the film, the dramatic progression is handled with deft mastery by the director. Ang Lee makes us participate with all our heart in the story of these two cowboys in love, guiding us patiently, gradually, without insisting. Such self-restraint is not something you acquire by an act of will; it is something you know from within, by intuition.
The rough strains of a traditional guitar accompany the story. A sincere, heart-rending melody goes straight to the soul and chokes you up at the right moments, ensuring that you feel at one with the characters and their pain.
All the actors give flawless performances, striking in their humanity and complexity. Of course no role is ever easy because all roles are composite, fragile, and complex. The fragile, taciturn character of Ennis del Mar, played by Heath Ledger, has rightfully won accolades, but Jake Gyllenhaal in the role of Jack Twist—subtle, delicate and prudent—is no less noteworthy. Without them the film could never have succeeded in overcoming the potential pitfalls and mistakes that lay in its path.
Both men serve the God of love admirably. And they serve him in a spirit of universal love even though theirs is a very particular love, that of one man for another, Bravo! My hat goes off to these cowboys with their hats stuck gallantly on their heads!
Handsome, charming, simple in their jeans and boots. Secret, subtle, strong and tender as they pass through all the disorders of the heart---for the better if only society would let them. Tragic in their emotions and their fears, in their sorrow and their despair. We feel with them-- in all the unbearable, unending and petrifying reality of their pain.
We despair of finding a balm that would soothe them. But the heart understands more quickly than the mind. What is said in this film is terribly true, terribly accurate and terribly contemporary: the hateful rejection of difference, the power of death that haunts you always, the life that is forbidden you, until you want to die.
Few are those who will emerge unscathed from watching this profound film. Those who do have their work cut out for them—no doubt for several lives. The rest of us will feel more human, less alone and more loving of one another.

January 2006
Bruno-Stéphane © Copyright 2006
Thanks to/Merci à Michael, a friend of the franco-american friendship/un ami de l’amitié franco-américaine

Thursday, March 02, 2006

Brokeback Mountain : "I wish I knew how to quit you" / De la douleur de l’union fusionnelle


 photos © Copyright 2006 BSLB
La nouvelle d’Annie Proulx et la traduction respectueuse qui en a été faite par Ang Lee dans le film traduisent chacune dans une forme artistique spécifique le rapport émotionnel à l’union de deux êtres, deux hommes dans ce cas très précis, qui parle puissamment aux deux sexes et renvoie d’une façon universelle à toute forme d’union, hétérosexuelle ou homosexuelle. Phénomène paradoxal, en traitant admirablement de l’amour fulgurant et vivace de deux êtres du même sexe, l’émotion et la vérité qui s’en dégage annihile du même coup l’identité sexuelle pour mieux atteindre l’essentiel de la relation : une attractivité irrépressible, qui n’est pas intellectualisée ou analysée, qui apparaît comme une évidence, telle une force gravitationnelle qui est et ne se discute pas.
Toute relation entre deux êtres passe par ce chemin quasi obligé de la séduction où le désir constitue un moteur puissant. La séduction renvoie à la conquête, laquelle n’offre souvent que peu de garantie de continuité… Et la continuité en effrayant plus d’un, s’en tenir à une conquête perpétuellement remise en mouvement représente pour beaucoup un confort très relatif mais étrangement moins risqué. Mais moins risqué pour quoi, pour qui ? Pour l’âme ! L’âme est vraie, l’âme est nue, elle ne se compromet pas, elle est.
Or tout un chacun, homme ou femme, sait que dans la relation amoureuse l’âme peut être touchée au cœur d’une manière totalement imprévisible, ce qui donne à la vie toute sa beauté, et à l’amour toute sa valeur. Le langage populaire aime à employer le terme de « coup de foudre » pour traduire cet état inexplicable et renvoie à juste titre à cette force naturelle.
L’attirance entre deux êtres serait donc indépendante du sexe ?
Cette attirance serait donc indépendante des conventions sociales, ciments de la conservation/préservation de la société humaine dans sa capacité/nécessité à se reproduire ?
Ce thème fondamental, tant débattu, tant attaqué, ramené le plus souvent dans sa dimension uniquement sexuelle, au sens de la pratique / des pratiques du sexe, a été merveilleusement et poétiquement abordé par Platon, au … IVème siècle avant J-C. … dans « Le Banquet » :
« … Jadis notre nature n’était pas ce qu’elle est à présent, elle était bien différente. D’abord il y avait trois espèces d’hommes, et non deux, comme aujourd’hui : le mâle, la femelle et, outre ces deux-là, une troisième composée des deux autres ; le nom seul en reste aujourd’hui, l’espèce a disparu. C’était l’espèce androgyne qui avait la forme et le nom des deux autres, mâle et femelle, dont elle était formée ; aujourd’hui elle n’existe plus, ce n’est plus qu’un nom décrié. … » (1) Platon par sa délicate approche métaphorique permet de mieux comprendre tout à la fois l’attirance ou l’attractivité et la douleur de la séparation.
Approcher, tenter d’atteindre l’état fusionnel, indiscutable, émotionnellement envahissant, fait en parallèle, quasi simultanément approcher cette certitude terrestre : l’état de fusion de deux êtres, de deux âmes réunies, de l’âme réunie dans l’hypothèse de sa division antérieure, ne relève pas de la vie terrestre ; il restera fugace, éphémère, partiel, de par les circonstances, les volontés réciproques, et surtout selon nos forces et nos faiblesses d’humain.
Et cette douleur de devoir quitter cet état, s’éloigner de cet état, ponctuellement ou définitivement, est terrible.
« J’aurais aimé savoir comment te quitter » : Je t’aime sans limite, je veux vivre auprès de toi, avec toi, en toi, je ne peux te quitter, je suis forcé de te quitter, cette perspective m’est trop douloureuse, me séparer c’est me tuer, c’est tuer une part de moi.
© Copyright 2006 Bruno-Stéphane.
P.S. Lecteur : si le cœur t’en dit, témoignes de ton expérience de l’union ! ou du ressenti de la séparation.
(1) Pour ceux qui aimeraient découvrir ou relire ce merveilleux extrait du Banquet de Platon, c’est bien volontiers que vous en seront adressées les références précises (penses à préciser ton adresse email dans ton commentaire; le commentaire ne sera pas publié en ligne).

Sunday, February 19, 2006

Brokeback Moutain : les chemises ! Fétichisme ou Passion ?

photo © Copyright BSLB 2006

En vente sur eBay pour une œuvre de charité :
JACK'S SHIRTS FROM BROKEBACK MOUNTAIN! JAKE GYLLENHAAL! (n° Objet / item : 7589737258 - end time Feb-20-06 17:00:00 PST) prix de départ : 9,99 $ - enchère atteinte le 19 février : 58100 $ … cotisez-vous…
[ Résultat final : 101 000 US $ / 84 873 € ]

Sunday, February 05, 2006

Brokeback Mountain : dans la salle.

photo © Copyright 2006 BSLB
Un peu d’humour ( ?) … Dans la salle obscure, au vingt et unième siècle, ça glousse. Nul besoin de se pincer, ou de douter de ce que l’on entend : oui ! une partie du public dans la salle de cinéma glousse !
Un couple, composé d’un jeune homme et d’une jeune femme, arrive dans la salle avec l’œil bien aux aguets : dans la tête « il y a beaucoup de mecs dans la salle… »… Le couple s’installe main dans la main, amoureux, comme de fréquents spectateurs. On est touchés, car sensibles ; en fait, ils sont d’autant plus pelotonnés qu’il se croient en milieu hostile (la suite le démontrera) et qu’il vaut donc mieux revendiquer son appartenance ostensiblement.
Les gays, finalement, sont très respectueux et très discrets, ils feraient bien d’en faire tout autant, mais cela relève encore de la lutte.
Le noir s’installe, place au film. Compte tenu de l’intensité de l’histoire et des images, l’attention est plutôt captée. Que nenni ! le jeune couple est tellement en distance par rapport au film, tellement en position de voyeur, dans le cas où cela pourrait avantageusement compenser le manuel de sexologie, que l’on commente et l’on glousse !

Désolé les filles, on adore votre façon inimitable de ricaner ou glousser tendrement comme une petite fille immature, notamment au lit, mais passé un certain âge, glousser prend définitivement la forme de la meilleure expression de l’oie ! D’une tonalité plus grave dans le gosier d’un mec (oui, c’est génétique) cela relève aussi de l’animal de basse cour. En voie off, dans la tête : « tu as vu ! deux mecs qui s’embrassent fougueusement ! c’est pas possible ! je rêve ! pfff et autres onomatopées ».

On sort de la salle, assommés (par le film, pas par les deux colombes stupides). Suis-je bien en 2006, au vingt et unième siècle commençant ? Où se trouve le colombarium d’où se sont échappés les deux volatiles décérébrés ? à deux pas…
Conclusion : embrassez-vous, il n’y a rien de plus beau que l’amour.
The characters and incidents portrayed and the names herein are fictitious, and any similarity to the name, character or history of any person is entirely coincidental and unintentional.
© Copyright 2006 Bruno-Stéphane.

Wednesday, February 01, 2006

Brokeback Mountain / Le secret de Brokeback Mountain : Quelques scènes phares (suite 3)

photo © Copyright 2006 BSLB

« L’union, chemises et sangs mêlés. Une relique sacrée »


L’une des plus belles images du film, propre à l’histoire, mais de portée universelle.

Jack, à l’insu de tous, a conservé, cachées dans sa chambre d’enfant et d’adolescent, deux chemises de cow-boys unies sur un même cintre : celle d’Ennis, son compagnon d’amour, et la sienne propre, datant de leur première rencontre, de leur découverte amoureuse, et du bon coup sur la gueule qu’ils se sont respectivement distribué : après l’échange mémorable du « I ain’t no queer. Me neither. / Je ne suis pas pédé. Moi non plus » et leur questionnement torturé sur comment poursuivre leur relation, qui ne trouve pas d’issue immédiate. Sans que quiconque le sache et comme par prémonition, Jack conservera en effet les témoins textiles de leur coup de foudre et de leur étreinte virile. Jack, incontestablement plus éveillé à son état intérieur, visionnaire, et simplement amoureux, désire conserver une trace physique d’une rencontre marquante, comme s’il en appréciait très vite toutes les conséquences. Les évènements lui donneront rapidement raison : la séparation à la fin de la période estivale sera déchirante ; l’attente d’une possible rencontre ultérieure sera interminable – des années - ; le prolongement de leur union sera un parcours d’obstacles ; la douleur de l’absence sera trop forte et le bonheur trop éphémère ; il paiera l’inaccomplissement d’une part essentielle de sa vie d’homme par sa propre mort prématurée.

De la vie commune d’Ennis et Jack, de la puissance de leur union, il ne subsiste rien de rien, que des souvenirs immatériels, sauf, par hasard ( ?) ou plutôt par acte instinctif, les deux chemises des cow-boys.

A elles seules, elles synthétisent tout. La relique passe dans les mains d’Ennis où elle sera conservée, protégée, pleurée : une relique sacrée.

Les deux chemises ne sont pas que des vêtements : elles portent les êtres eux-mêmes, leur parfum naturel, leur sueur, leur sang ; elles sont marquées, tatouées, imbibées. Elles sont sensuelles, heureuses ou douloureuses ; elles sont la trace vivante, la matérialisation de leur friction, de leur combat, de leur frottement, de leurs baisers, de leur tendresse.
Elles n’induisent pas de fétichisme : campées sur leur cintre, elles sont dignes, droites, même souillées et marquées par le temps, à l’image de la pureté des sentiments qui unissent deux êtres et dans la réalité charnelle de l’union de deux corps.

Il est beau de pouvoir tout dire avec une image simple.
C’est encore plus beau lorsqu’elle parle à l’âme.

© Copyright 2006
Bruno-Stéphane.