Wednesday, February 01, 2006

Brokeback Mountain / Le secret de Brokeback Mountain : Quelques scènes phares (suite 3)

photo © Copyright 2006 BSLB

« L’union, chemises et sangs mêlés. Une relique sacrée »


L’une des plus belles images du film, propre à l’histoire, mais de portée universelle.

Jack, à l’insu de tous, a conservé, cachées dans sa chambre d’enfant et d’adolescent, deux chemises de cow-boys unies sur un même cintre : celle d’Ennis, son compagnon d’amour, et la sienne propre, datant de leur première rencontre, de leur découverte amoureuse, et du bon coup sur la gueule qu’ils se sont respectivement distribué : après l’échange mémorable du « I ain’t no queer. Me neither. / Je ne suis pas pédé. Moi non plus » et leur questionnement torturé sur comment poursuivre leur relation, qui ne trouve pas d’issue immédiate. Sans que quiconque le sache et comme par prémonition, Jack conservera en effet les témoins textiles de leur coup de foudre et de leur étreinte virile. Jack, incontestablement plus éveillé à son état intérieur, visionnaire, et simplement amoureux, désire conserver une trace physique d’une rencontre marquante, comme s’il en appréciait très vite toutes les conséquences. Les évènements lui donneront rapidement raison : la séparation à la fin de la période estivale sera déchirante ; l’attente d’une possible rencontre ultérieure sera interminable – des années - ; le prolongement de leur union sera un parcours d’obstacles ; la douleur de l’absence sera trop forte et le bonheur trop éphémère ; il paiera l’inaccomplissement d’une part essentielle de sa vie d’homme par sa propre mort prématurée.

De la vie commune d’Ennis et Jack, de la puissance de leur union, il ne subsiste rien de rien, que des souvenirs immatériels, sauf, par hasard ( ?) ou plutôt par acte instinctif, les deux chemises des cow-boys.

A elles seules, elles synthétisent tout. La relique passe dans les mains d’Ennis où elle sera conservée, protégée, pleurée : une relique sacrée.

Les deux chemises ne sont pas que des vêtements : elles portent les êtres eux-mêmes, leur parfum naturel, leur sueur, leur sang ; elles sont marquées, tatouées, imbibées. Elles sont sensuelles, heureuses ou douloureuses ; elles sont la trace vivante, la matérialisation de leur friction, de leur combat, de leur frottement, de leurs baisers, de leur tendresse.
Elles n’induisent pas de fétichisme : campées sur leur cintre, elles sont dignes, droites, même souillées et marquées par le temps, à l’image de la pureté des sentiments qui unissent deux êtres et dans la réalité charnelle de l’union de deux corps.

Il est beau de pouvoir tout dire avec une image simple.
C’est encore plus beau lorsqu’elle parle à l’âme.

© Copyright 2006
Bruno-Stéphane.

9 comments:

padawan said...

Quelle belle et émouvante retranscription ! J'en ai les larmes aux yeux. Merci :-).

Lo said...

Merci pour ces articles brillantissimes, grâce à eux, je revis un peu le film. Il restera longtemps en ma mémoire comme une échappée belle, et une manière délicate de conter la beauté humaine et sa cruauté aussi.

Vincent said...

Comment ne pas en avoir les larmes aux yeux ? Même si Annie Proulx dit bien que vingt ans après, "il enfouit son visage dans l'étoffe et respira lentement par le nez et la bouche, espérant y trouver la légère odeur de fumée et de sauge, le goût salé de la sueur de Jack, mais il n'y avait rien à sentir, seulement son souvenir, le pouvoir imaginaire de BBM dont il ne demeurait rien sinon ce qu'il tenait dans ses mains". Triste à mourir… Merci encore et encore.

la traumatisée said...

bienvenue au club des traumatisés!
J'ai été le voir vendredi dernier et du samedi j'étais à moitié malade, il m'a complétement retourné ce film : la tête, le coeur, les tripes aussi!
Je ne vais pas commencer à analyser le film, tu le fais déjà très bien! Juste pour te dire merci pour ces articles, c'est rassurant de voir que tant de personnes sont aussi chamboulés que moi par ce film. Je trouve tes photos très sympas, elles pourraient faire une très belle couverture pour cette nouvelle. Par contre j'ai beau lire et relire tous les commentaires que je trouve je n'arrive toujours pas à comprendre pourquoi ce film me fait cet effet-là, même si j'ai trouvé une partie des réponses que je cherchais. Parce que j'ai été très touchée par cette histoire d'amour universel. Mais il y a encore autre chose, c'est au-delà de ça, c'est plus physique. Je suis une fille pourtant, mais ça doit être parce que j'aime les hommes. Je crois que beaucoup de gens aimeraient vivre une relation si fusionnelle; physiquement parlant.

axelgaetan said...

A "traumatisée" (dur le pseudo...)

Je suis une femme aussi et je suis sortie du film oppressée pour pleurer sans retenue sur le chemin du retour. Bouleversée, c'est le mot précis qui convient. Mais je ne cherche pas (pas vraiment) à comprendre pourquoi il m'a fait un tel effet (sauf à venir rôder encore et encore sur le net !) j'aime les émotions - et bravo aussi au(x) créateur(s) de ce site !

Anonymous said...

L'emotion est a son comble:Tragiquement humain.
Rien n'est plus douloureux que de se retrouver face a sa solitude,accable par le regret d'un amour
indefectible.Bouleversant.

Anonymous said...

Je suis peu cinéphile et même si j'ai entendu parler du film à sa sortie je ne l'ai vu qu'il y a quelques jours... Un véritable choc...Jamais un film ne m'a autant touché par sa simplicité et par sa justesse. Toute l'émotion passe dans les regards des acteurs. L'image que je préfère est celle d'Ennis qui enlace Jack devant le feu à l'aube en lui disant qu'il dort debout comme un cheval. Ce plan sur leurs visages et cette complicité que l'on perçoit pleine de tendresse, de respect et d'amour. Mais il y a surtout le regard de la mère de Jack. Elle a compris le lien entre son fils et cet homme qu'elle voit pour la première fois... Elle ne juge pas... Merveilleux. J'ai le dvd (visionné trois fois en trois jours), j'attends le livre que je viens de commander sur le net...

Anonymous said...

Je n'avais jamais vu le film. Je suis homo accompli, et je n'aurais jamais dû voir ce film. Pourquoi ? Je suis remué de la cave au grenier. Ce film m'obsède depuis, je m'endors avec son souvenir et me réveille de même avec son souvenir. Je n'arrive plus à me concentrer sur ce que je dois faire par ailleurs ; je suis marqué au fer rouge. Je lutte pour relativiser son impact : ce n'est qu'un film, il s'agit d'un jeu d'acteurs, hétéros par ailleurs. Donc, c'est du vent ! Ce qui est vrai, mais rien à faire ; jamais un film m'a autant poursuivi, et j'ai un faible pour "Jake" ; ces yeux bleus m'ont ensorcelé ; je fonds littéralement. Ce mec ne peut pas ne pas savoir ô combien il fait chavirer bien des coeurs, chez les deux sexes. Qui plus est, l'histoire est singulière en ce sens qu'il s'agit plutôt d'une histoire de bisexualité que d'homosexualité, nuance, et je ne m'identifie pas à ce genre. Bref, j'essaie par tous les moyens de me débarrasser de ce souvenir, en vain. C'est vraiment un film intelligent, intellectuel même, sensible, beau, qui sonne vrai. Et pour tout dire, j'aimerais bien aller faire une transhumance du côté de Brokeback Mountain ! Voilà, il faut se dire que ce n'est que du cinéma, mais quel cinéma !! En attendant, je vais essayer de me concentrer sur les examens universitaires qui se profilent dans trois jours, alors que j'ai la quarantaine bien passée.

Brokebacker said...

Un film certes, mais un film à portée universelle, sur les amours impossibles même partiellement réalisées, sur la condition humaine face à l'amour, sur la puissance de l'amour et son influence sur le destin, sur les pressions sociales qui contrarient nos destins, et tant d'éléments profonds de notre "humanité"... D'où ce désir presque irrépressible d'effectuer un voyage initiatique... à la quête de soi et de l'amour. Bonne découverte du blog et de ses articles