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Wednesday, March 15, 2006
La musique de Brokeback Mountain
A lire dans l’International Herald Tribune (en collaboration avec le New York Times) daté 14 mars 2006, un article fort intéressant de Will Hermes à propos de Willie Nelson et Cindy Walker, auteur de chansons « country ». Référence : www.iht.com/culture (clips audio de chansons à écouter).
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Sunday, March 12, 2006
Brokeback Mountain : la musique de Gustavo Santaolalla, comme une fêlure
Est-il bien nécessaire d’insister sur le fait que le succès d’un film est dû pour une grande partie à la qualité de sa bande originale ? La musique, qui parfois n’a que des vertus de soulignement ou d’accompagnement, et qui quand elle est excellente fait bien plus qu’accompagner pour exister à part entière, est un vecteur essentiel de communication et de communion avec le public. Sa capacité à communiquer directement à l’âme humaine est source d’adhésion et de fusion.
Dans le cas de Brokeback Mountain, le caractère sentimental et dramatique de l’histoire ainsi contée, méritait une attention musicale toute particulière : se placer dans le contexte local et historique (musiques traditionnelles ou régionales, au besoin « revisitées », ou interprétations « acoustiques ») est un merveilleux choix car il enveloppe les personnages et le contexte dans lequel ils évoluent. Le thème musical du film a ce pouvoir, mais comme un écho, et va beaucoup plus loin : il devient langage, il vient apporter une couleur et une parole là où aucune parole ne peut être prononcée, là où un certain silence est de mise, là où dans un silence global seule cette musique peut être supportée, tolérée, seule cette musique peut prendre possession de l’espace et de la pensée.
La musique trouve là sa mission pure et sacrée : dire, soupirer les sensations justes, atteindre en notre intimité le lieu secret et privilégié où la vérité du sentiment peut naître et s’épanouir, c'est-à-dire émouvoir.
En musique, l’émotion est souvent écrasée, opprimée, laissée pour compte, aussi bien dans la musique dite sérieuse, que dans les musiques du monde et les variétés. Il faut insister sur le fait que Gustavo Santaolalla y parvient à l’aide de … quelques notes seulement, si l’on étudie bien son thème musical. Quelques notes pour autant d’impact émotionnel. Car il ne s’agit nullement d’une partition complexe. Ce compositeur a puisé dans son patrimoine musical pour y trouver les quelques notes justes, insignifiantes et suffisantes, quelques accords, sur une guitare. Cette musique est aussi nue que le sont les deux êtres qui sont envahis par cet élan d’amour irrépressible. Dans sa nudité, elle synthétise à elle seule le tout. La beauté n’a donc besoin que de peu de choses…
Mais d’où naît cette émotion, quasi soudaine, à son écoute ? D’où vient cet épanchement ?
D’un subtil déséquilibre, de l’approche d’un vide, du danger de ce vide, d’une suspension, d’un délicat envol, d’un jeu avec le temps. De la contrariété dans un accord, dans une succession de notes, d’une dissonance, d’une fêlure. De cet espace ainsi créé, de cette suspension de notre âme dans ce vide momentané, jaillit l’émotion pure.
D’un subtil déséquilibre, de l’approche d’un vide, du danger de ce vide, d’une suspension, d’un délicat envol, d’un jeu avec le temps. De la contrariété dans un accord, dans une succession de notes, d’une dissonance, d’une fêlure. De cet espace ainsi créé, de cette suspension de notre âme dans ce vide momentané, jaillit l’émotion pure.
Il ne s’agit pas d’une recette, il s’agit d’une création qui nécessite le complet accord de soi avec cette intention : Gustavo Santaolalla y parvient admirablement, dans sa sobriété, sa clairvoyance, sa sensibilité. Bravo. Et merci de ce cadeau.
Vite, réécoutons le CD !
© Copyright 2006 Bruno-Stéphane
Et pour les "nostalgiques", deux liens encore actifs, grâce à You Tube :http://www.youtube.com/watch?v=sYUq6wNBT6s
Clip de la chanson du film interprétée par Willie Nelson
Clip de la chanson du film interprétée par Willie Nelson
« Cowboys are Frequently Secretly (Fond of Each other) »http://www.youtube.com/watch?v=htPtgR76l3o
Clip de la chanson de John Waite, « Missing You ».
Clip de la chanson de John Waite, « Missing You ».
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Thursday, March 02, 2006
Brokeback Mountain : "I wish I knew how to quit you" / De la douleur de l’union fusionnelle
La nouvelle d’Annie Proulx et la traduction respectueuse qui en a été faite par Ang Lee dans le film traduisent chacune dans une forme artistique spécifique le rapport émotionnel à l’union de deux êtres, deux hommes dans ce cas très précis, qui parle puissamment aux deux sexes et renvoie d’une façon universelle à toute forme d’union, hétérosexuelle ou homosexuelle. Phénomène paradoxal, en traitant admirablement de l’amour fulgurant et vivace de deux êtres du même sexe, l’émotion et la vérité qui s’en dégage annihile du même coup l’identité sexuelle pour mieux atteindre l’essentiel de la relation : une attractivité irrépressible, qui n’est pas intellectualisée ou analysée, qui apparaît comme une évidence, telle une force gravitationnelle qui est et ne se discute pas.
Toute relation entre deux êtres passe par ce chemin quasi obligé de la séduction où le désir constitue un moteur puissant. La séduction renvoie à la conquête, laquelle n’offre souvent que peu de garantie de continuité… Et la continuité en effrayant plus d’un, s’en tenir à une conquête perpétuellement remise en mouvement représente pour beaucoup un confort très relatif mais étrangement moins risqué. Mais moins risqué pour quoi, pour qui ? Pour l’âme ! L’âme est vraie, l’âme est nue, elle ne se compromet pas, elle est.
Or tout un chacun, homme ou femme, sait que dans la relation amoureuse l’âme peut être touchée au cœur d’une manière totalement imprévisible, ce qui donne à la vie toute sa beauté, et à l’amour toute sa valeur. Le langage populaire aime à employer le terme de « coup de foudre » pour traduire cet état inexplicable et renvoie à juste titre à cette force naturelle.
L’attirance entre deux êtres serait donc indépendante du sexe ?
Cette attirance serait donc indépendante des conventions sociales, ciments de la conservation/préservation de la société humaine dans sa capacité/nécessité à se reproduire ?
Ce thème fondamental, tant débattu, tant attaqué, ramené le plus souvent dans sa dimension uniquement sexuelle, au sens de la pratique / des pratiques du sexe, a été merveilleusement et poétiquement abordé par Platon, au … IVème siècle avant J-C. … dans « Le Banquet » :
« … Jadis notre nature n’était pas ce qu’elle est à présent, elle était bien différente. D’abord il y avait trois espèces d’hommes, et non deux, comme aujourd’hui : le mâle, la femelle et, outre ces deux-là, une troisième composée des deux autres ; le nom seul en reste aujourd’hui, l’espèce a disparu. C’était l’espèce androgyne qui avait la forme et le nom des deux autres, mâle et femelle, dont elle était formée ; aujourd’hui elle n’existe plus, ce n’est plus qu’un nom décrié. … » (1) Platon par sa délicate approche métaphorique permet de mieux comprendre tout à la fois l’attirance ou l’attractivité et la douleur de la séparation.
Approcher, tenter d’atteindre l’état fusionnel, indiscutable, émotionnellement envahissant, fait en parallèle, quasi simultanément approcher cette certitude terrestre : l’état de fusion de deux êtres, de deux âmes réunies, de l’âme réunie dans l’hypothèse de sa division antérieure, ne relève pas de la vie terrestre ; il restera fugace, éphémère, partiel, de par les circonstances, les volontés réciproques, et surtout selon nos forces et nos faiblesses d’humain.
Et cette douleur de devoir quitter cet état, s’éloigner de cet état, ponctuellement ou définitivement, est terrible.
« J’aurais aimé savoir comment te quitter » : Je t’aime sans limite, je veux vivre auprès de toi, avec toi, en toi, je ne peux te quitter, je suis forcé de te quitter, cette perspective m’est trop douloureuse, me séparer c’est me tuer, c’est tuer une part de moi.
© Copyright 2006 Bruno-Stéphane.
P.S. Lecteur : si le cœur t’en dit, témoignes de ton expérience de l’union ! ou du ressenti de la séparation.
(1) Pour ceux qui aimeraient découvrir ou relire ce merveilleux extrait du Banquet de Platon, c’est bien volontiers que vous en seront adressées les références précises (penses à préciser ton adresse email dans ton commentaire; le commentaire ne sera pas publié en ligne).
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Sunday, February 05, 2006
Brokeback Mountain : dans la salle.
Un peu d’humour ( ?) … Dans la salle obscure, au vingt et unième siècle, ça glousse. Nul besoin de se pincer, ou de douter de ce que l’on entend : oui ! une partie du public dans la salle de cinéma glousse !
Un couple, composé d’un jeune homme et d’une jeune femme, arrive dans la salle avec l’œil bien aux aguets : dans la tête « il y a beaucoup de mecs dans la salle… »… Le couple s’installe main dans la main, amoureux, comme de fréquents spectateurs. On est touchés, car sensibles ; en fait, ils sont d’autant plus pelotonnés qu’il se croient en milieu hostile (la suite le démontrera) et qu’il vaut donc mieux revendiquer son appartenance ostensiblement.
Les gays, finalement, sont très respectueux et très discrets, ils feraient bien d’en faire tout autant, mais cela relève encore de la lutte.
Un couple, composé d’un jeune homme et d’une jeune femme, arrive dans la salle avec l’œil bien aux aguets : dans la tête « il y a beaucoup de mecs dans la salle… »… Le couple s’installe main dans la main, amoureux, comme de fréquents spectateurs. On est touchés, car sensibles ; en fait, ils sont d’autant plus pelotonnés qu’il se croient en milieu hostile (la suite le démontrera) et qu’il vaut donc mieux revendiquer son appartenance ostensiblement.
Les gays, finalement, sont très respectueux et très discrets, ils feraient bien d’en faire tout autant, mais cela relève encore de la lutte.
Le noir s’installe, place au film. Compte tenu de l’intensité de l’histoire et des images, l’attention est plutôt captée. Que nenni ! le jeune couple est tellement en distance par rapport au film, tellement en position de voyeur, dans le cas où cela pourrait avantageusement compenser le manuel de sexologie, que l’on commente et l’on glousse !
Désolé les filles, on adore votre façon inimitable de ricaner ou glousser tendrement comme une petite fille immature, notamment au lit, mais passé un certain âge, glousser prend définitivement la forme de la meilleure expression de l’oie ! D’une tonalité plus grave dans le gosier d’un mec (oui, c’est génétique) cela relève aussi de l’animal de basse cour. En voie off, dans la tête : « tu as vu ! deux mecs qui s’embrassent fougueusement ! c’est pas possible ! je rêve ! pfff et autres onomatopées ».
Désolé les filles, on adore votre façon inimitable de ricaner ou glousser tendrement comme une petite fille immature, notamment au lit, mais passé un certain âge, glousser prend définitivement la forme de la meilleure expression de l’oie ! D’une tonalité plus grave dans le gosier d’un mec (oui, c’est génétique) cela relève aussi de l’animal de basse cour. En voie off, dans la tête : « tu as vu ! deux mecs qui s’embrassent fougueusement ! c’est pas possible ! je rêve ! pfff et autres onomatopées ».
On sort de la salle, assommés (par le film, pas par les deux colombes stupides). Suis-je bien en 2006, au vingt et unième siècle commençant ? Où se trouve le colombarium d’où se sont échappés les deux volatiles décérébrés ? à deux pas…
Conclusion : embrassez-vous, il n’y a rien de plus beau que l’amour.
The characters and incidents portrayed and the names herein are fictitious, and any similarity to the name, character or history of any person is entirely coincidental and unintentional.
© Copyright 2006 Bruno-Stéphane.
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